Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/44

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Grave en ton jeune esprit, fils d' une noble femme,
Ces paroles qui sont comme l'adieu d'une âme;
Enfant, écoute-moi, pendant que je suis là.
Car l’œil qui luit s'éteint, la bouche qui parla
Se ferme; nous vivons le temps de disparaître.
Enfant, je te le dis, je suis de ceux peut-être
Qu'on ne reverra plus, tant ils sont dans la nuit.
Ils vont enveloppés d'un tourbillon de bruit,
Meurtris, blessés, les yeux pleins de clartés sereines.
L'ouragan monstrueux des fureurs et des haines,
Souffle qui vient d'en bas, courbe leur front pensif.
Leur âme vole, oiseau, de récif en récif.
Ils traversent le choc des diverses fortunes,
Et leur main se cramponne au marbre des tribunes,
Aux lois, à la patrie, aux colonnes du droit.
Plus le péril grandit,. plus leur devoir s'accroît;
Du flot toujours plus noir leur foi sort plus robuste.
Ils luttent pour le bien, pour l'honneur, pour le juste,
Pour le beau, pour le vrai, laissant saigner leurs cœurs.
On dit: Où s'en vont-ils? reviendront-ils vainqueurs?
Est-ce l'adversité qui sera la plus forte?
Et cependant le vent sinistre les emporte;
Puis on les perd de vue; et, bien longtemps après,
On lit au bord des mers leur nom sous un cyprès.

22 décembre 1853.

XX Je marchais;