Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/75

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Ciel l' océan! c'était cette même nature,
Gouffre de silence et de bruit,
Ayant on ne sait quelle insondable ouverture
Sur la lumière et sur la nuit.

Oui, c'étaient ces hameaux, oui, c'étaient ces rivages;
C'était ce même aspect mouvant,
La même âcre senteur des bruyères sauvages,
Les mêmes tumultes du vent;

C'était la même vague arrachant aux décombres
Les mêmes dentelles d'argent;
C'étaient les mêmes blocs jetant les mêmes ombres
Au même éternel flot changeant;

C'étaient les mêmes caps que l'onde ignore et ronge,
Car l'âpre mer, pleine de deuils,
Ne s'inquiète pas, dans son effrayant songe,
De la figure des écueils;

C'était la même fuite immense des nuées;
Sur ces monts, où Dieu vient tonner,
Les mêmes cimes d'arbre, en foule remuées,
N'ont pas fini de frissonner;

C'était le même souffle ondoyant dans les seigles;
Je crois revoir sur l'humble pré
Les mêmes papillons avec les mêmes aigles
Sur l'océan démesuré;

C'était le même flux couvrant l'île d'écume,
Comme un cheval blanchit le mors;
 
C'était le même azur, c'était la même brume,
Et combien vivaient, qui sont morts!

8 août 1872.

En arrivant à Jersey.