Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/125

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Le grand forfait public est én nous frémissant ;
Jamais l’innocent mort, qui nous trouble et nous pèse,
Dans notre conscience obscure ne s’apaise.
Deuil profond !

Protestons du moins. Si je flétris
Ces juges, par mon vers dans leur honte pétris,
Si j’ai cette huée implacable à la bouche,
Si j’ai redit vingt fois cette plainte farouche,
Peuple, c’est que ma part de crime m’étouffait.
Peuple, avoir laissé faire, hélas, c’est avoir fait !
Garde toute l’horreur de ta lugubre histoire,
Lesurques ! dresse-toi, grande figure noire !
Qu’on te voie à jamais debout sur l’horizon.
Et vous, famille à qui l’on vola sa maison,
Martyrs dont la stupeur s’est changée en folie,
Veuves qu’on déshonore, orphelins qu’on spolie,
Désormais plus de plainte, et taisez-vous, proscrits.
Ah ! je frémis de voir leurs prières, leurs cris,
Leurs larmes, leurs appels craintifs, leurs plaidoiries,
Leurs tremblantes douleurs par le dédain meurtries,
Leurs fronts baissés, leurs bras suppliants, quand c’est nous,
Nous tous, qui devrions nous traîner à genoux,
Joindre les mains, pleurer notre erreur insondable,
Peuple, et demander grâce au spectre formidable !

2 décembre.

IV

Pourquoi ne pas marcher un peu ? Je vais rêvant,
Tâchant de disperser mon mal de tête au vent.
C’est décembre. L’eau gronde, immense, et le rivage
La repousse et la brise en son refus sauvag