Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/124

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Et font autour. de toi ce cercle. épouvantable.
Au banquet de César la- Justice s’attable. ;
Elle n’a pas le temps d’être juste. Il te faut,
Comme Jésus sa croix, porter ton échafaud..
Reste sous ton fardeau, patient ! Sur ta tombe,
Un remords qui médite, une larme qui tombe,
Tu n’as pas même, hélas ! ce lugubre bonheur.
Sois pour. toujours muré dans le noir déshonneur.
On t’ enferme éperdu dans le forfait d’un autre.
Va, ton crime n’est pas ton crime, il est le nôtre !
Car, lorsqu’il râle et meurt, le fer des lois au. sein,
L’innocent a le monde entier pour assassin.
Quiconque a respiré pendant le meurtre, adhère,
Et quiconque boit, mange et dort, est solidaire ;
Le ciel blâme et maudit le genre humain, passant
Sans voir que sur la foule immense il pleut du sang.
Le peuple qui, stupide, aux juges se confie,
Regardant le bourreau pendant qu’il crucifie,
Laissant enfoncer l’un après l’autre-les clous,
Est lâche, et les moutons sont complices des loups.
Le juge, à ce Lesurque où sa- rage s’attache,
Donne un coup de poignard après un coup de hache ;
De féroce il devient infâme ; et nous l’aidons
Par notre indifférence et par nos abandons.
Il viole un cercueil. Sous ce fatal empire,
Le prêtre est assassin et le juge est vampire !
Et nous voyons, béants, ces hommes manier
L’innocence et la loi, la tête et le panier !

Ah ! la goutte de sang, plus que la goutte d’huile,
S’élargit, et la Grève éclabousse la ville 69
L’échafaud, vu de tous, est un hideux sommet.
L’attentat qu’en plein jour, nous présents, l’on commet,
Est l’égout collecteur de nos lâchetés sombres.
Du droit humain brisé nous sommes les décombres ;
Nul n’est de la souillure universelle exempt ;