Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/15

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un enfant nu
Quand sur lui ce regard de sépulcre s’appuie.
Mer, puisque le soldat, valet d’un traître, essuie
Une infamie avec les plis de son drapeau,
Puisque le prêtre met en vente son troupeau
Et jette on ne sait quel Te Deum 2 à l’abîme,
Horreur ! puisque le juge est juge au nom d’un crime,
Puisque les trahisons remplacent les exploits,
Puisque nous n’avons plus qùe des ombres de lois,
Puisqu’on a poignardé la France entre deux portes,
Mer, j’aimerais mieux être avec les choses mortes
Qu’avec tous les vivants de ce monde âpre et vil.
Le nuage, où parfois s’ébauche un noir profil,
Prouve qu’il peut tomber un éclair d’un fantôme.
Du linceul d’Isaïe il sort un sombre psaume.
Je voudrais n’être rien qu’un aspect irrité,
Une apparition d’ombre et de vérité.
A force d’être une âme on cesse d’être un homme ;