Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/155

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Pour l’oreille aussi bien que pour le traquenard,
Un reste d’Espinasse est visible en Pinard,
Le négocierez-vous ? Ce sont vos odalisques ;
Mais au marché d’Alep, la ville aux ’obélisques,
Le turc obscène exige un plus joli bétail.
Quand même il cacherait derrière l’éventail
Son ceil noir enflammé d’une fureur jalouse,
Grandperret n’aura pas le flou d’une andalouse.
A vos soudards fanés, à vos vétérans saurs.
Croit-on qu’Abdul-Azis offre des huit ressorts ?
Rigolboche et Toinon feraient mieux son affaire.
Où caser un héros fourbu qui se déferre ?
Personne n’en voudra. Pas même un maquignon.
Ce qui fut hier chance est ’aujourd’hui guignon.
Tel est le sort. Maupas a perdù tous’ ses charmes.
Nul ne jette un regard d’amour aux vieux gendarmes.
Alignez d’un côté du bazar un troupeau
D’anciens sabreurs sans dents en culotte de peau,
Un tas d’hommes d’état, fêlés, hors de service,
Faisant une grimace affreuse et tendre au vice,
Foreys, Palikaos, Chaix-d’Est-Anges, Marnas,
Que les bagnes un jour reprendront aux sénats,

Bavards brodés, tueurs dorés, gueux et ganaches,
Portant tous les mépris avec tous les panaches ;
Puis de l’autre côté mettez un fol essaim
De jeunes belles point avares de leur sein,
Montrant leur torse ainsi qu’Astarté dans la Bible,
Et dépensant le plus de nudité possible
A l’éblouissement des passants enivrés,
Et maintenant prenez. l’homme que vous voudrez,
Je gage Persigny contre Fialin que l’homme
Offrira, quel qu’il soit, une plus forte somme
Pour les nez retroussés que pour les crânes nus,
Et, lascif, à Parieu préférera Vénus.
Aphrodite voguant blonde et rose en sa conque
Éclipsera toujours un Mimerel quelconque ;
Tout le conseil d’état qu’on paie un million