Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/161

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L’empire atroce avorte en empire plaintif.
Sénat, conseil d’état, et corps législatif,
Va, Babel ! continue. Emplis-toi de harangues !
Parle neuf cents patois avec tes neuf. cents langues !
Entasse lois, projets, rêves, décrets perdus !
Bâtis avec le bien et le mal confondus,
Avec le plomb et l’or, le granit et l’argile,
Avec Dupin, Franklin, Voltaire et l’Evangile,
Ton monument que Dieu jamais ne protégea,
Pas encore édifice et ruine déjà !
Sois au maître quelconque ! aboie aux hommes libres !
Du peuple douloureux froisse toutes les fibres !
Va ! Dieu tient seul le peuple et seul dicte la loi.
Le soir mystérieux se fait autour de toi.
L’ombre qui vient du fond des mornes solitudes,
Et qui mêle l’espace avec les multitudes,
T’enveloppe, ô Babel, et baigne tes degrés !
Devant tes bras tendus et tes cris effarés
L’auguste conscience éternelle recule.
Tu trembles comme un arbre au vent du crépuscule,
Tandis que l’avenir approche avec le bruit
D’un déluge, ô terreur ! qui monte dans la nuit.

Mars 1870.