Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/18

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III Un peuple était debout,


Un peuple était debout, et ce peuple était grand.
Il marchait lumineux dans le progrès flagrant.
Lés autres nations disaient : Voici la tête !
Il avait traversé cette énorme tempête
Quatrevirigt-treize, et mis le vieux monde au tombeau ;
Dans la lutte difforme il était resté béau ;
Ce’ fier peuple, assailli d’évènements funèbres,
Avait fait des rayons de toutes ces ténèbres ;
Il avait fait, démon, dieu, sauveur irrité,
De la combustion des siècles sa clarté.
Il avait eu Pascal, il avait eu Molière ;
Il avait vu sur lui s’épaissir comme un lierre
L’amour des nations dont il était l’appui ;
Et pendant soixante ans sur sa cime avait lui
Voltaire, cet esprit de flamme armé du rire,
Ce titan qui, proscrit, empêchait de proscrire,
Ce pasteur guidant l’âme, enseignant le devoir
Et chassant le troupeau des dogmes au lavoir.
Ce peuple avait en lui la loi qui développe ;
A force d’être France il devenait Europe ;
A force d’être Europe il était l’univers.
Il savait rester un tout en étant divers ;
Chaque race est un chiffre, il en était la somme ;
Et ce peuple était plus qu’un peuple ; il était l’Homme.
Dans la forêt sinistre il était l’éclaireur ;
Son pas superbe était le recul de l’erreur ;