Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/326

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Regardent les bateaux dans le canal glisser.
La langue, c’est l’étang ; on entend coasser
Dans le mot la consonne, et dans l’eau la grenouille.
A travérs une vitre on voit une quenouille ;
C’est l’aïeule au front blanc qui guette et se tapit.

L’eau, qui devrait courir, est barrée, et croupit
On cultive le miasme, on récolte le goître ;
L’affreux tabac pullule où le blé devrait croître ;
Dieu fait l’endroit du monde et l’homme en fait l’envers.
L’église est jaune, l’orgue est bleu, les murs sont verts ;
Ce pays est repeint par l’homme à la détrempe ;
On peint le toit, le seuil, l’escalier et la rampe ;
L’arbre peut-être est peint ; la grue et le pigeon
Volent, de peur d’avoir leur part du badigeon.
Un démon gouailleur souffle en ces joncs fantasques.
Les meuniers ont des tours, les femmes ont des casques,
Les enfants ont leur pipe avant d’avoir leurs dents.
Où donc as-tu trouvé ton soleil, ô Jordaens ?
Ce pauvre soleil gris que le brouillard fait fondre,
Et qui ne serait pas même accepté par Londre,
Clignote, et ses longs jets de lumière blafards
Entrent dans l’eau rayons et sortent nénuphars.
Les jardins, côtoyés sans bruit par le pilote,
Sont pleins de dieux mouillés, et l’Olympe y, grelotte ;
Virgile frémissait de voir l’airain suer,
On tremble ici de voir le marbre éternuer,
Et l’on serait tenté d’emmailloter Pomone,
D’offrir un châle à Flore, et de faire l’aumône
D’un rayon de soleil à Phébus enrhumé.
Ici le plein midi craint le grand jour ; en mai
On a novembre ; avril meurt de froid ; juin s’embourbe,
Et juillet en toussant souffle le feu de tourbe.