Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/411

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Voici les Apennins, les Alpes et les Andes.
Tais-toi, passant, devant ces visions si grandes.
Silence, homme ! histrion ! Les monts contemplent Dieu ;
Ils regardent, penchés au bord du gouffre bleu,
Comme des spectateurs sur un gradin sublime,
Le drame formidable et sombre de l’abîme,
L’entrée et la sortie étrange de la nuit,
Ces personnages noirs, le vent, l’éclair, le bruit,
La comète, ange obscur dont vous voyez le glaive,
Le rideau de l’azur qui pour le jour se lève,
Les chutes, les terreurs, les chocs, les dénouements
Des mondes engloutis dans les chaos fumants,
Et les astres masqués, et les apocalypses
Des grands spectres du ciel, des aubes, des éclipses.
Pour eux ce que la terre et ses fantômes font
N’est qu’un peu de fumée et dans l’ombre se fond ;
Pour eux l’homme n’est pas, un peuple s’évapore.
De la lave éternelle effrayant madrépore,
Vésuve ignore Naple ; Etna qu’un feu détruit
Ne connaît pas Messine et parle avec la nuit ;
Olympe ne voit pas Athènes, pour Soracte
Des grandeurs de là-haut Rome n’est que l’entr’acte ;
Balkan, sans .voir Stamboul, chante son noir salem ;
Sina voit l’infini, mais non Jérusalem.