Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/452

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Reprends-la. Qu’as-tu ? Rien. Un verre d’eau salée.
Quant à la mer, profonde et terrible mêlée,
Quant à l’immensité des écumes, des bruits,
Des flots, incessamment détruits et reconstruits,
Quant au chaos dés chocs, des trombes,. des tempêtes,
Dont l’ouragan hagard sonne les sombres fêtes,
Plein de’ monstres sans nom qui rôdent engloutis,
Cachant des oasis et des O-Taïtis
Où des idylles vont et viennent toutes nues ;
Quant à cette tourmente insondable de nues,
D’ondes, d’écueils, d’azur flottant, d’azur qui luit ;
Quant à ce gouffre où naît le matin, où la nuit
Trempe sa robe d’ombre et son manteau d’étoiles ;
Quant à ce rendez-vous des- souffles et des voiles ;
Quant à cet infini, noir, fauve, éblouissant,
Crois-tu que tu le tiens dans ta main ? A présent
S’il te plaît de porter à ta bouche ce verre,
S’il te plaît de tremper ta lèvre à l’eau sévère,
Et si ton estomac frémit en la buvant,
Si ton viscère abject-se soulève, trouvant
Une saveur amère à la chose sublime,
Est-ce que tu diras qu’ayant goûté l’abîme; ’
Tu viens, toi qui ne vis que si bas et si peu,
De revomir la mer et de recracher Dieu ?

CXX Est-ce que par hasard le monde,