Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/457

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Même avant le cercueil, la matière vous quitte ;
Votre âme sur la terre est bien longtemps en deuil
De vos jeunes amours, de votre jeune orgueil ;
Après les bals, les jeux, les cris, et les orgies
Du vil plaisir jusqu’à soixante ans élargies,
Et la danse brutale et stupide des sens,
Votre argile agonise au souffle froid des ans ;
La chair est une bête infirme, horrible, morte ;
Le vieillard est un spectre ; - où l’âme vit ? - Qu’importe !
Les cheveux noirs sont morts et les dents ne sont plus,
L’appétit est gisant dans l’estomac perclus,
Les roses de la joue ont passé, le front ploie,
Rien n’est resté vivant de ce corps plein de joie
Qui faisait fête au monde et sonnait du clairon.
Songeur, qu’est-ce que l’âme ? Une veuve Scarron.
L’hymen royal l’attend dans le mystère sombre.
Son trône est le tombeau. Sa grandeur est de l’ombre.