Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/456

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CXXII La souffrance, géante et spectre


La souffrance, géante et spectre, sur le monde
Se dresse ; un long cri sort de sa bouche profonde
Et remplit l’infini mystérieux et sourd.
Et la femme aux bras blancs, le vieillard au pas lourd,
Partout, sous tous les cieux et sous tous les tropiques,
Londres, Rome, Paris, ces cavernes épiques,
Le laboureur courbé, forçat des verts sillons,:
L’éclatant capitaine au front des bataillons,
Et les rois.sur leur trône et le pauvre en son bouge,
Les branches de la ronce où la vipère bouge,
Ceux qui disent : priez, ceux qui disent : aimons,
L’algue au fond de la mer et l’arbre au haut des monts,
L’eau roulant le caillou, la faux coupant la gerbe,
Le tigre se traînant sur le ventre dans l’herbe,
Le doux oiseau tordant la mousse, de son nid, -
Le navire et l’écueil, le jonc et le granit,
Le martyr, le bourreau, le conquérant, l’apôtre, .
Ne font que répéter d’un bout du monde à l’autre,
Même l’enfant qui rit, même la vierge en fleur, -
Les gestes désolés de l’immense douleur.

13 juillet 1854.

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