Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/484

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CXLVII À UNE STATUE


Non, tu n’es pas la grande et sainte République !
Celle que l’homme attend, que l’évangile explique,
Qui se composera de tous les bons instincts
Allumés et vivants, et des mauvais, éteints ;
Qui s’enveloppera d’une paix magnifique,
Fera sortir des coeurs un hymne séraphique,
Pénétrera les lois de lumière et de jour,
En ôtera la mort pour y mettre l’amour,
Fera, sur les versants même les plus contraires,
Libres tous les esprits et tous les peuples frères,
Nous réchauffera tous autour du même feu,
Sera sur tous les fronts comme un ciel toujours bleu,
Et qui, comme si Dieu, dans sa bonté profonde,
Rendait visible aux yeux la grande âme du monde,
Mettra, vaste et sublime épanouissement,
Toute l’humanité dans son rayonnement !

Tu n’es pas même, non, tu n’es pas la déesse,
La déesse terrible, étrange, vengeresse,
Qui tua le vieux monde et créa le nouveau,
Broya peuples et rois sous son fatal niveau,
Vainquit l’Europe armée, et qui, dans la fournaise,
Après quatrevingt-neuf jeta quatrevingt-treize,