Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/59

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Des remords ? lui ! Pourquoi ? Qu’a-t-il fait ? Mais, Cayenne ?
Le Deux Décembre ? Quoi ! l’on veut qu’il-se souvienne !
Ces êtres-là n’ont point de ces infirmités.
La mémoire, c’est bon pour vous autres. Luttez,
Vivez, souffrez, plaidez telle ou telle doctrine ;
Si vous avez mal fait, frappez-vous la poitrine ;
Le bien, le mal, le vrai, le faux, Judas, Jésus,
Cela compte pour vous, mais eux sont au-dessus.
Ils ont tué, pillé ; brisé la loi détruite ;
Il leur semble plaisant qu’on leur en parle ensuite ;
Sitôt qu’on est vainqueur et maître, on éconduit
L’histoire, le massacre, et la mort et la nuit.
On ne veut plus savoir dans la joie et la fête
Par quelle ombre on passa pour parvenir au faîte.
D’ailleurs cela fait-il quelque chose à quelqu’un ?
Vaincre est faire un charnier d’où s’exhale un parfum.
Ils ont vaincu. C’est bien. Cela doit vous suffire.
Laissons l’aurore peindre et luire, et le zéphire
Frissonner à travers les branchages profonds.
Ces êtres trouvent Dante et Juvénal bouffons.
Ce que les mécontents nomment une âme noire,
C’est de la fange ayant pour trône de la gloire.
La gloire couvre tout, et l’ensemble est vermeil.
Cherchez donc un voleur caché dans un soleil !
Ces sinistres esprits, bâtisseurs de décombres,