Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XV.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


I

CONTE.


À Montmartre un beau jour se tint une assemblée.
Là, (comme vous le jugez bien)
Des plats rimeurs la troupe est appelée.
(Tout rimeur de Montmartre est de droit citoyen ;
Tandis que tout poëte habite le Parnasse.)

Dès que chacun a pris sa place,
Aliboron se lève et tousse quatre fois,
Puis d’un triple hi-han fait retentir la salle,
Et, dressant l’ornement qui sur son front s’étale,
Il fait tonner ainsi son éclatante voix :
« Chers amis, que chaque confrère
« De ses talents nous prête la lumière
« Pour former la perle des sots,
« Mais des plus sots qui soient dans la nature entière ».

Pompignan[1] se lève à ces mots,
Pompignan qui jadis dans sa verve stérile,
Aux cordes de sa lyre osa lier Virgile ;
À ses traits renfrognés, à son triste hi-han,

  1. On connaît sa piètre traduction des Géorgiques. (Note de Victor Hugo.)