Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XV.djvu/16

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Sans peine on reconnaît le docte Pompignan.
« Aliboron, dit-il, quelle est votre insolence ?
« Vous parlez de former un sot par excellence,
« Eh ! ne suis-je plus moi ? Répondez. Voudrait-on
« Me disputer un si beau nom ? »
Tout se tait au discours du fougueux Pompignan.

Soudain l’impétueux Aignan[1]
S’écrie en secouant ses immenses oreilles :
« Mais vos prétentions sont vraiment sans pareilles,
« Mon cher Lefranc, perdez-vous la raison ?
« Vous le savez, c’est moi dont la muse éphémère
« Osa marcher sur les traces d’Homère ;
« C’est donc de moi que parle Aliboron. »

Alors on vit et Lesuire[2] et Lemierre[3]
Et Roucher[4] et Masson[5] et maint autre rimeur,
Pour quereller sortir de leur poussière,
Un mot seul met tout Montmartre en rumeur[6].
Aliboron qui suscita l’orage
De la sagesse emprunte le secours,
Et pour calmer leur insipide rage,
Avec douceur il leur tient ce discours :

  1. Traducteur de l’Iliade en vers.
  2. Auteur du poëme du Nouveau Monde en 24 chants, dont 23 n’ont, je crois, jamais été lus.
  3. On connaît la dureté et le peu d’harmonie des vers de cet auteur.
  4. Auteur d’un piteux poëme des Mois.
  5. Chantre enroué des Helvétiens ; on jugera de son talent par ces vers où, dans le genre héroïque, il dit de Gessler :

    Il fait aussitôt dans la place

    Planter la lance d’un drapeau.

    Sur la pointe il veut que l’on place

    Son plus magnifique chapeau.


    Et celui-ci où, en parlant d’un tyran qui tourmentait ses vassaux, il s’écrie :

    Dans des vases dorés il buvait leur sueur !

    (Notes de Victor Hugo.)
  6. Les m en italiques sont soulignés dans le manuscrit. (Note de l’Éditeur.)