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UNE NUIT DE NOCES.

— Comment faut-il donc être pour vous plaire ?

— Il faut être homme.

— Et moi, dit-il, qu’est-ce que je suis donc ?

— Un homme a le casque en tête, l’épée au poing et des éperons d’or aux talons.

— Bon, dit Gringoire, sans le cheval point d’homme. — Aimez-vous quelqu’un ?

— D’amour ?

— D’amour.

Elle resta un moment pensive, puis elle dit avec une expression particulière : — Je saurai cela bientôt.

— Pourquoi pas ce soir ? reprit alors tendrement le poëte. Pourquoi pas moi ?

Elle lui jeta un coup d’œil grave.

— Je ne pourrai aimer qu’un homme qui pourra me protéger.

Gringoire rougit et se le tint pour dit. Il était évident que la jeune fille faisait allusion au peu d’appui qu’il lui avait prêté dans la circonstance critique où elle s’était trouvée deux heures auparavant. Ce souvenir, effacé par ses autres aventures de la soirée, lui revint. Il se frappa le front.

— À propos, mademoiselle, j’aurais dû commencer par là. Pardonnez-moi mes folles distractions. Comment donc avez-vous fait pour échapper aux griffes de Quasimodo ?

Cette question fit tressaillir la bohémienne.

— Oh ! l’horrible bossu ! dit-elle en se cachant le visage dans ses mains ; et elle frissonnait comme dans un grand froid.

— Horrible en effet ! dit Gringoire qui ne lâchait pas son idée ; mais comment avez-vous pu lui échapper ?

La Esmeralda sourit, soupira, et garda le silence.

— Savez-vous pourquoi il vous avait suivie ? reprit Gringoire, tâchant de revenir à sa question par un détour.

— Je ne sais pas, dit la jeune fille. Et elle ajouta vivement : Mais vous qui me suiviez aussi, pourquoi me suiviez-vous ?

— En bonne foi, répondit Gringoire, je ne sais pas non plus.

Il y eut un silence. Gringoire tailladait la table avec son couteau. La jeune fille souriait et semblait regarder quelque chose à travers le mur. Tout à coup elle se prit à chanter d’une voix à peine articulée :

Quando las pintadas aves
Mudas están, y la tierra…

Elle s’interrompit brusquement, et se mit à caresser Djali.