Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome II.djvu/344

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À dater de ce jour, l’égyptienne ne le vit plus. Il cessa de venir à sa cellule. Tout au plus entrevoyait-elle quelquefois au sommet d’une tour la figure du sonneur mélancoliquement fixée sur elle. Mais dès qu’elle l’apercevait, il disparaissait.

Nous devons dire qu’elle était peu affligée de cette absence volontaire du pauvre bossu. Au fond du cœur, elle lui en savait gré. Au reste, Quasimodo ne se faisait pas illusion à cet égard.

Elle ne le voyait plus, mais elle sentait la présence d’un bon génie autour d’elle. Ses provisions étaient renouvelées par une main invisible pendant son sommeil. Un matin, elle trouva sur sa fenêtre une cage d’oiseaux. Il y avait au-dessus de sa cellule une sculpture qui lui faisait peur. Elle l’avait témoigné plus d’une fois devant Quasimodo. Un matin (car toutes ces choses-là se faisaient la nuit), elle ne la vit plus. On l’avait brisée. Celui qui avait grimpé jusqu’à cette sculpture avait dû risquer sa vie.

Quelquefois, le soir, elle entendait une voix cachée sous les abat-vent du clocher chanter comme pour l’endormir une chanson triste et bizarre. C’étaient des vers sans rime, comme un sourd en peut faire.

Ne regarde pas la figure,
Jeune fille, regarde le cœur.
Le cœur d’un beau jeune homme est souvent difforme.
Il y a des cœurs où l’amour ne se conserve pas.

Jeune fille, le sapin n’est pas beau,
N’est pas beau comme le peuplier,
Mais il garde son feuillage l’hiver.

Hélas ! à quoi bon dire cela ?
Ce qui n’est pas beau a tort d’être ;
La beauté n’aime que la beauté,
Avril tourne le dos à janvier.

La beauté est parfaite,
La beauté peut tout,
La beauté est la seule chose qui n’existe pas à demi.

Le corbeau ne vole que le jour,
Le hibou ne vole que la nuit,
Le cygne vole la nuit et le jour.

Un matin, elle vit, en s’éveillant, sur sa fenêtre, deux vases pleins de fleurs. L’un était un vase de cristal fort beau et fort brillant, mais fêlé. Il avait laissé fuir l’eau dont on l’avait rempli, et les fleurs qu’il contenait étaient fanées. L’autre était un pot de grès, grossier et commun, mais qui