Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome II.djvu/433

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des manches de cuir, et un paquet de cordes à sa grosse main. Cet homme accompagnait toujours Tristan, qui accompagnait toujours Louis XI.

— L’ami, dit Tristan l’Hermite, je présume que voilà la sorcière que nous cherchions. Tu vas me pendre cela. As-tu ton échelle ?

— Il y en a une là sous le hangar de la Maison-aux-Piliers, répondit l’homme. Est-ce à cette justice-là que nous ferons la chose ? poursuivit-il en montrant le gibet de pierre.

— Oui.

— Ho hé ! reprit l’homme avec un gros rire plus bestial encore que celui du prévôt, nous n’aurons pas beaucoup de chemin à faire.

— Dépêche ! dit Tristan. Tu riras après.

Cependant, depuis que Tristan avait vu sa fille et que tout espoir était perdu, la recluse n’avait pas encore dit une parole. Elle avait jeté la pauvre égyptienne à demi morte dans le coin du caveau, et s’était replacée à la lucarne, ses deux mains appuyées à l’angle de l’entablement comme deux griffes. Dans cette attitude, on la voyait promener intrépidement sur tous ces soldats son regard, qui était redevenu fauve et insensé. Au moment où Henriet Cousin s’approcha de la loge, elle lui fit une figure tellement sauvage qu’il recula.

— Monseigneur, dit-il en revenant au prévôt, laquelle faut-il prendre ?

— La jeune.

— Tant mieux. Car la vieille paraît malaisée.

— Pauvre petite danseuse à la chèvre ! dit le vieux sergent du guet.

Henriet Cousin se rapprocha de la lucarne. L’œil de la mère fit baisser le sien. Il dit assez timidement : — Madame…

Elle l’interrompit d’une voix très basse et furieuse : — Que demandes-tu ?

— Ce n’est pas vous, dit-il, c’est l’autre.

— Quelle autre ?

— La jeune.

Elle se mit à secouer la tête en criant : — Il n’y a personne ! Il n’y a personne ! Il n’y a personne !

— Si ! reprit le bourreau, vous le savez bien. Laissez-moi prendre la jeune. Je ne veux pas vous faire de mal, à vous.

Elle dit avec un ricanement étrange : — Ah ! tu ne veux pas me faire de mal, à moi !

— Laissez-moi l’autre, madame ; c’est monsieur le prévôt qui le veut.

Elle répéta d’un air de folie : — Il n’y a personne.

— Je vous dis que si ! répliqua le bourreau. Nous avons tous vu que vous étiez deux.

— Regarde plutôt ! dit la recluse en ricanant. Fourre ta tête par la lucarne.