Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome II.djvu/470

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
446
NOTES DE L’ÉDITEUR.

Amédée Pichot, le traducteur de Byron, le mit en communication avec Charles Gosselin, un des principaux libraires de Paris. Le 15 novembre, un traité était passé entre eux. Victor Hugo cédait à M. Gosselin : 1° Un recueil de poésies sous le titre : les Orientales ; 2° Bug-Jargal (réimpression) et le Dernier Jour d’un condamné ; et :

Notre-Dame de Paris. Cet ouvrage formera deux volumes in-octavo, tirés à sept cent cinquante, et quatre volumes in-douze à deux mille exemplaires. Pour ces tirages, M. Gosselin paiera à M. Victor Hugo la somme de quatre mille francs, savoir : mille francs comptant à la remise du manuscrit, c’est-à-dire vers le quinze avril, mille francs comptant à l’époque de la mise en vente, c’est-à-dire un mois ou six semaines après, et deux mille francs en billets à neuf mois de date de la publication. Une année après la publication, M. Victor Hugo rentrera dans ses droits d’auteur.

Quatre mille francs Notre-Dame de Paris ! ne fût-ce que pour un an, ce n’était pas cher. Avec les doubles passes, 750 (900) exemplaires à 15 francs et 2,000 (2,200) exemplaires à 14 francs assuraient à l’éditeur une recette brute de 44,000 francs et un bénéfice d’au moins 25,000.

Victor Hugo promettait, le 15 novembre, d’avoir achevé Notre-Dame pour le 15 avril suivant. Il fallait donc qu’il jugeât son roman assez avancé pour pouvoir l’écrire en cinq mois. Sans compter que, dans ces cinq mois, il avait à publier ses deux ouvrages nouveaux, les Orientales et le Dernier Jour d’un condamné, qui parurent, l’un en janvier et l’autre en février 1829.

Mais il est probable qu’il s’aperçut, en se remettant à Notre-Dame, que ce livre, d’où dépendait son renom de romancier, n’était décidément pas assez mûr encore dans sa pensée. Il était d’ailleurs en ce moment sollicité par d’autres idées, il pensait au théâtre. Et déjà deux sujets de drame avaient germé dans son cerveau, Marion de Lorme et Hernani.

Le théâtre, c’est la gloire éclatante, et c’est aussi la moisson fructueuse. Le roman, on l’a vu, ne rapportait guère. Un troisième enfant venait, au mois d’octobre, de naître à Victor Hugo, il fallait nourrir ce petit monde. Ce père de famille de vingt-sept ans se met à l’œuvre. Le 2 juin 1829, il commence à écrire Marion de Lorme, il la termine le 29 juin. La censure royale interdit le drame. Il commence Hernani le 29 août et l’achève le 29 septembre. Dans les intervalles il compose nombre de poésies des Feuilles d’automne, qui sont datées de 1829.

Plus heureux que Marion de Lorme, Hernani fut joué le 25 février 1830. On sait quelle bataille ce fut, et quelle victoire. Un éditeur, M. Mame, qui se trouvait dans la salle, émerveillé du succès, prit Victor Hugo à part dans un entr’acte, et sur-le-champ lui offrit de sa pièce pour un an six mille francs. Six mille francs ! et il les avait sur lui, l’homme avisé, et il faisait miroiter ses six billets de banque. Le jeune auteur n’avait jamais tenu pareille somme, il savait n’avoir plus à la maison que cinquante francs. Il empocha les billets et signa le traité.

Il oubliait qu’aux termes d’un autre traité il avait « promis à M. Gosselin, dans le cas où il viendrait à composer de nouveaux ouvrages, de lui offrir toujours la préférence à prix égal sur les propositions de ses confrères ». M. Gosselin, à qui Notre-Dame de Paris devait être livrée en avril 1829, avait laissé complaisamment Victor Hugo « composer ces nouveaux ouvrages » qui lui seraient sûrement « offerts ». Mais quand, le lendemain de la première représentation d’Hernani, il se présenta chez le poète et qu’on lui apprit qu’il venait trop tard, il fut exaspéré de sa déconvenue. La promesse de vente pour les œuvres futures ne comportait aucune sanction ; en revanche,