Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/335

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cosmiques, elle a bouillonné. Les collines marquent ses palpitations, les monts marquent ses convulsions.

Puis, les premières effervescences passées, cette fumée’ est devenue respirable, ce globe est devenu habitable, et une gigantesque ébauche de création a commencé à s’y mouvoir dans la brume. Les plus récentes fouilles de l’Attique ont mis au jour, pour l’œil du géologue, on ne sait quels pachydermes informes, des tapirs au grouin démesuré, des pangolins ongles, dentus et cornus, des girafes colossales, des singes titaniques, des poules grosses comme des autruches, des chauves-souris grandes comme des condors, des sangliers grands comme des hippopotames, des tortues dont l’écaillé ferait le toit d’une maison. Il y avait alors, et les houillères de Newcastle-on-Tyn en font foi, des fourrés de monocotylédones hauts de cinq cents pieds, des fougères sous lesquelles la flèche de Strasbourg et les pyramides d’Egypte disparaîtraient comme la borne d’un champ disparaît sous les fougères d’aujourd’hui. Là, dans ces végétations excessives, sous la vase, parmi des scolopendres plus longs que des boas, rôdait, avec de petits yeux, des pattes en pelle, des omoplates étroites propres au fouissage et des défenses trouant la lèvre inférieure et perpendiculaires au sol comme celles des morses, une bête dont la tête seule avait trois pieds de large et quatre pieds de long. C’était le mulot de ces halliers. Ces forêts, hautes comme des montagnes, avaient une taupe grande comme un éléphant. La science nomme cette taupe « l’animal terrible », le dinothère. Ses taupinières, en cheminant sous le sol, y soulevaient à la surface des chaînes de collines. Les troglodytes ont habité plus tard ces galeries antérieures aux déluges. La stature de cette taupe dépassait tous les animaux mystérieux dont on mesure aujourd’hui les fossiles. Le dinothère de Pikermi est plus grand que le mastodonte de l’Ohio. Les deux tibias comparés donnent une différence de quinze centimètres.

Telle était la zoologie terrestre aux temps des bouillonnements primitifs.

Maintenant ce globe se refroidit ; mais avec quel frémissement encore ! Percez cette couche de granit, jadis fange, où se sont vautrés les hécatonpodes et les hécatonchires, où, à côté des monstres que nous venons d’indiquer, le mammouth, le mégathère, l’épiomis, le paléonthère, l’elephans primigenius dont les défenses avaient sept pieds de long, le rhinocéros tichorynus, ont laissé l’empreinte de leur marche ; percez de la pensée cette surface verte, rousse, blanche, hivernale, torride, où rampe à présent la fourmilière humaine, entrez dans la terre, entrez sous la terre, e