Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/355

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vous voyez là-bas, si étincelante, est peut-être éteinte et a peut-être disparu depuis neuf cents ans. Il en est dont la lumière ne nous parvient qu’après dix mille, vingt mille, trente mille années. Il y a, dans les profondeurs, des étoiles dont la lumière, partie avant le commencement de notre monde, ne nous arrivera jamais. La Voie Lactée est une épaisseur d’astres ; des mares d’étoiles stagnantes çà et là, c’est la Voie Lactée. Si l’on pouvait observer ces astres qui nous apparaissent comme écrasés ensemble et noyés dans leur nombre même, on trouverait entre l’un d’eux et l’autre les mêmes distances inouïes qu’entre notre soleil et Sirius. Et chacun de ces astres, nous le répétons, est un soleil, et notre soleil n’est qu’une très petite étoile, et chacun de ces soleils a autour de lui son système planétaire où l’atome d’une terre comme la nôtre ne vaut pas même qu’on en parle. Eh bien, cette Voie Lactée, enfoncée, engloutie et perdue à de si monstrueuses distances, c’est nous-mêmes. La Voie Lactée est la circonférence d’Une sorte de lentille sidérale, d’une agrégation circulaire de mondes, d’un disque stellaire tout composé d’astres et dont est notre soleil ; et c’est ce disque, auquel adhèrent (par quelle loi ? par quelle force ? par quelle volonté ?) toutes les constellations, amalgamées en lui, pour ainsi dire, c’est ce disque prodigieux qui constitue spécialement notre univers à nous. Toutes les étoiles fixes que nous voyons et que nous découvrons sont de notre cosmos et tiennent à nous, et font partie de notre polypier. Ces espèces de maculatures blanchâtres qu’on aperçoit la nuit çà et là dans l’espace, que l’auteur de ce livre a appelées quelque part « nuages d’étoiles » et que l’astronomie nomme nébuleuses, ce sont d’autres disques stellaires comme le nôtre, d’autres systèmes de soleils, d’autres voies lactées, d’autres univers. Ces univers, situés à des profondeurs incalculées et qu’aucun chiffre ne pourrait désigner, font à peine un blêmissement dans notre ciel. Ils sont là. Nous ne savons rien de plus. Ce sont les spectres du réel.

Et derrière ceux-là il y en a d’autres, et derrière les autres il y en a d’autres. Et sans fin, sans fin, sans fin.

Il y a plus d’étoiles dans le ciel que d’infusoires dans la mer. Dans le ciel le polycistinée s’appelle soleil.

Ce que c’est qu’un soleil, nous venons de le dire. Ou plutôt nous avons tâché de le balbutier.

Et, la vie étant la loi évidente, il est impossible que tout cela ne soit pas habité.

Et la nuit est toute pleine de ces fanaux de l’infini. Et quelles sont les formes de la vie, de la vie dans les mondes, de la vie dans l’espace ?