Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/356

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Quelles phalènes vont se brûler à ces phares ? Vous figurez-vous les prodigieux monstres que cela doit être ?

La première chose que l’homme a sous les pieds, c’est l’impénétrable, la terre ; la première chose qu’il a sous les yeux, c’est l’incommensurable, le ciel.


9

Une fois l’éblouissement de cette quantité de soleils passé, le cœur se serre, l’esprit tressaille, une idée vertigineuse et funèbre lui apparaît. Cette idée, qui, sans qu’on devine pourquoi, a échappé aux astronomes, l’auteur de ce livre l’a déjà exprimée ailleurs[1], et la voici :

L’état normal du ciel, c’est la nuit.

Supposez un espace dans lequel il y a des chandelles, et supposez ces chandelles placées à au moins deux cents lieues l’une de l’autre ; c’est là notre univers. La pensée peut concevoir d’autres cieux qui existent probablement et dont la lumière inonde toutes les zones, mais le ciel que nous voyons est ainsi fait, et nous ne pouvons parler que de celui-là. Deux cents lieues entre deux chandelles représentent à peine la distance céleste qui sépare notre soleil de Sirius ; et, hormis quelques systèmes de soleils concentriques, tels qu’Aldebaran et Arcturus, toutes les étoiles ont entre elles et leurs voisines de ces espaces-là. Dans ces espaces, qu’y a-t-il ? La nuit.

La nuit opaque, stagnante, informe, éternelle.

Imaginez, si vous le pouvez, ces inexprimables ténèbres. Ceux qui, comme nous, humanité terrestre, sont placés près d’une chandelle, — trente-cinq millions de lieues sont de la proximité quand il s’agit d’un soleil, —ceux-là ont un peu de jour. Tout le reste est dans la nuit. Et la nuit, c’est l’hiver.

Quel hiver ?

Dans les dimensions de l’infini, les froids correspondent aux chaleurs. La chauffe de la comète de 1680 égalait deux mille fois la température du fer rouge ; à moitié chemin, entre notre soleil et Sirius, le froid surpasse un million de fois la température du mercure congelé, c’est-à-dire descend à quarante millions de degrés au-dessous de zéro.

Avez-vous quelquefois regardé Vénus ? Eh bien, doublez la grosseur de Vénus, vous aurez le soleil vu de Saturne. Telle est la décroissance de la

  1. Le Rhin, Tome I" , Lettre IV.