Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/364

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toutes parts, de la terre et de la mer, du zénith et du nadir, du télescope et du microscope, de la constellation et de l’acarus, l’infini fait irruption en moi ! Vous voulez que je me contente de ces deux certitudes : je suis né et je mourrai ! certitudes qui sont elles-mêmes deux gouffres.

Non, cela ne se peut. Il n’y a pas que l’épiploon graisseux au monde. Le pancréas n’est pas l’unique affaire. La manière dont mon chyle et ma bile et ma lymphe se comportent, cela ne peut pas être le point d’arrivée de ma philosophie. Il y a moi, mais il y a autre chose. La manifestation universelle et sidérale est là.

De là l’effarement. De là les mains tendues vers l’énigme. De là l’œil hagard des ascètes. Le genre humain ne peut s’empêcher d’adresser des questions à l’obscurité et d’en attendre des réponses. Quelle est la destinée ? Dans quelles proportions l’homme fait-il partie du monde ? Tout phénomène n’est-il pas fatalement consécutif ? Qu’est-ce que la vie ? Qu’y a-t-il avant ? qu’y a-t-il après ? Qu’est-ce que le monde ? De quelle nature est le prodigieux être en qui se réalise au fond de l’absolu l’identité inouïe de la Nécessité et de la Volonté. Toutes ces questions se résolvent en prosternement. Les plus forts esprits chancellent sous la pression des hypothèses, et c’est ainsi que les têtes se courbent devant l’Immanent. La vague présence du possible crée les religions.


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Simples, tâchez de penser. Penseurs, tâchez de prier.

Qui donc échappe à l’immensité ? La science exacte ? elle frissonne devant l’infini. A chaque instant, l’algèbre éperdue est forcée de renverser son 8 et de crier : Silence ! le voilà.

La géométrie est à perte de vue.

Les mathématiques ne sont pas une moindre immensité que la mer. Les logarithmes sont aussi insondables que les vagues. L’extraction des racines des nombres a toujours du vide au-dessous d’elle. Le nombre et le logos ont une affinité qui faisait rêver Pythagore. N’a-t-il pas existé, cet étrange et peut-être grand penseur Hoëné Wronski, lequel croyait, à force de sondages dans le Nombre, avoir trouvé le point de jonction du polynôme algébrique et de la destinée humaine, et avait fini par oser écrire en X et en Y la formule des passions et des événements ? Quel est l’algébriste qui pourra jeter l’ancre dans le calcul infinitésimal ? Les sections coniques s’enfoncent dans