Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/365

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l’azur tout aussi profondément que la voie lactée. L’asymptote et l’hyperbole sont des apparitions de l’incompréhensible sous une forme géométrique.

Avez-vous réfléchi à la profondeur où est situé le point géométrique ? Près du point géométrique, un atome de cendre est un monde, le grain de poussière est plus près du soleil que le point géométrique n’est près du grain de poussière. Mais, dira-t-on, l’infini dans l’abstraction ne prouve rien, il ne serait autre chose que le miroir de l’infini dans les faits ; c’est une répercussion, rien de plus. Eh bien non, ce n’est pas une répercussion, c’est une intersection, c’est plus encore, c’est une identité. La matière arrive à la molécule comme l’idée arrive au point ; et le point abstrait et la molécule matérielle, étant l’un, et l’autre indivisibles, sont nécessairement identiques au fond de l’infini, c’est-à-dire abstraits tous les deux, et réels tous les deux. L’abîme matériel arrive à se confondre avec l’abîme spirituel ; et, là où la biduité semblait évidente, l’unité surgit, d’autant plus souveraine qu’elle est plus inattendue. Cette rencontre absolue, nécessaire, incontestable, de l’idée et de la matière à l’extrémité de la réalité est peut-être la plus grande profondeur que l’esprit puisse contempler. Par cette ouverture-là on voit distinctement Dieu.


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La vision des Choses, plus morale encore que matérielle, est révélatrice de l’Être. Aucun philosophe, même le plus sceptique, n’est sûr de la force de résistance de sa philosophie, tant qu’il ne l’a pas emportée dans la solitude et soumise à la pression de l’univers. Pas un grand sage, on peut l’affirmer, n’est sorti athée de la contemplation, immense persuasion étoilée. Car, nous le répétons, n’est pas athée qui croit l’être. Nous connaissons de hautes et profondes intelligences qui, de bonne foi, nient Dieu, sans se douter qu’en elles Dieu nous apparaît. Dans tous les cas, les grands athées sont rares ; il est peu de grands esprits imperméables à l’infini. Devant l’harmonie universelle, les plus farouches penseurs ont fléchi. En laissant de côté les Patriarches, les Druides, les mages, les Pères, tous les ascètes, et pour ne citer (pêle-mêle et dans l’ordre où notre mémoire nous les donne) que des esprits d’une nature hautaine, Aristoxène, Épicure, Aristote, Démocrite, Eschyle, Heraclite, Leucippe, Dicéarque, Thalès le milésien, Anaxagore, Hippocrate, Xénophane, Hérodote, Critius, Empédocle, Velléius l’épicurien, Sextus Empiricus, Cicéron, Sénèque, ont prié ; Averroè’s, Némésius, Avicenne, Boëce, Calderin, Pomponace, Cardan,