Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/377

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r l’Inconnu, et que l’infini engloutit sous son rayonnement. L’infini dans tous les sens monte au-dessus de votre tête, et s’élargit et se croise et s’épanouit et flamboie et monte et recommence et monte encore, prodigieuse gerbe des faits du gouffre.

Mais, dira-t-on encore, tout cela est surchargé de suppositions. Le visionnaire trouble le philosophe. L’univers ainsi regardé semble vu de Pathmos. La logique s’accommode peu de ces grossissements où la conjecture est mêlée. Le raisonnement, comme le calcul, n’aime pas voir de la fumée circuler dans la géométrie. Chassez tout ce rêve épars dans votre cosmos.

Soit. Contentons-nous du scalpel et du squelette. L’univers est là devant nos yeux. Soufflons sur cette apocalypse. Que reste-t-il ? Une machine.

Eh bien, une machine prouve un machiniste.

A la mécanique céleste, il faut un mécanicien.

Pas de locomotive sans chauffeur.

Vous en tiendrez-vous au coup de pied newtonien ?

Direz-vous que cela a été arrangé une fois pour toutes ?

Par qui ?

Par un ensemble de forces.

Quoi, sans intelligence ?

Ainsi, d’une convergence de forces inintelligentes, l’intelligence serait sortie ! Mais le moins ne crée pas le plus. Un ensemble, quel qu’il soit, ne produit jamais que la somme de son possible. Une houillère ne produit pas un gland ; un chêne ne produit pas un œuf ; un condor ne produit pas un homme. Le jour où je verrai un oiseau éclore d’un bouton d’aubépine, ce jour-là seulement, je croirai que le bourgeon monstrueux de la matière s’est ouvert, et que l’intelligence ailée et rayonnante en est sortie.

Amalgamez les forces, diminuez les frottements, décomposez les résistances, multipliez les leviers, emboîtez les pivots, échelonnez les points d’appui, corroborez les cabestans, coordonnez les engrenages, ajustez les pistons, équilibrez les balanciers, combinez les rouages, compliquez les poulies, faites la machine de Marly que vous voudrez ; vous n’en ferez pas sortir l’Iliade.

L’univers posé comme prémisse, c’est un impérieux raisonnement qui commence. Si vous ne voulez pas aller jusqu’au bout, ne vous laissez pas saisir par la logique du logos. Elle n’entend pas raison et dès qu’elle vous tient, elle ne vous lâche pas. Heureusement ; car le contraire serait terrible. On ne saurait rien imaginer de plus déconcertant pour l’intelligence et de plus désespérant pour la conscience que ceci : cette immense démonstration commencée par les azurs, les espaces, les océans, les étoiles, et déduite de phénomène en phénomène par toute la réalité palpable, visible ou co