Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/382

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Le mystère est plein de commotions pour ceux qui méditent, et les réalités démesurées de l’infini ont sur la pensée des retours saisissants et des contre-coups terribles. Chose inouïe ! Vous tuez un bœuf ; vous prouvez votre âme.

Mais retournons la question. Concédons au matérialisme ce qu’il désire. Admettons que l’homme n’est qu’un animal ; un animal plus intelligent que le singe, moins fort que le lion. Il naît comme le cheval, il mange comme le loup, il meurt comme le porc. Avant lui, rien ; après lui, rien.

Eh bien, cette bête, attelez-la ! Héliogabale passe sur son char traîné par des femmes nues ; il a raison ; il déchire avec sa lanière aux griffes d’or le sein de Lylé, la belle esclave persane ; c’est un coup de fouet à une jument. Nous sommes en Amérique : des nègres se sont enfuis ; leur maître leur donne la chasse avec des chiens et lâche une meute sur eux ; c’est bien fait. La chasse aux nègres, la chasse aux sangliers, c’est la chasse aux bêtes. Cet homme est un sauvage : Qu’est-ce qu’il fait là ? Il mange. Quoi ? De la chair humaine. Pourquoi ? Parce qu’il a faim. Il est dans son droit, puisqu’il a des dents. Est-ce que vous ne vous sentez pas frissonner ?

Avez-vous jamais réfléchi à cette simple question : Pourquoi la chair de l’homme n’est-elle pas de la viande ? — Ceci est sans fond.

Une objection s’élève : l’homme a plus de vie que les autres membres de la création terrestre, que les choses et que les animaux ; soit. Mais par plus de vie, faut-il entendre une vie plus longue, c’est-à-dire dépassant la mort, ou simplement une vie plus large, c’est-à-dire rayonnant sur le globe, et l’inondant sans le déborder ? Je réponds : ne confondons point vie avec intelligence. Ce sont deux modes du même prodige, mais deux modes distincts. Plus de vie, c’est plus de durée. La création illimitée a besoin sur chaque globe d’un être qui déborde ce globe. Ici la solidarité des mondes apparaît.

L’espace est un océan ; les univers sont des îles. Mais il faut des communications entre ces îles. Ces communications se font par les âmes. La mort fait des envois d’esprits d’un monde à l’autre.

Le tombeau est une porte de sortie ; c’est une porte d’entrée aussi.

Mais (— et ceci est, depuis tant de siècles que le débat philosophique est ouvert, le dire d’une catégorie de penseurs, à commencer par Tertullien, qui, personnifiant le genre humain dans Adam, écrivait : Anima ex matrice Adami in propaginem deducta, —) une étrange interprétation de la mort se fait jour, et la voici :

« Homme, tu meurs. Oui, tu meurs tout entier. Ton moi s’éteint, ton atome se dissipe, ta conscience s’anéantit ; oui, extinction,