Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/383

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dispersion, anéantissement ; mais cette conscience anéantie, cet atome dissipé, ce moi éteint, vont, dans la transformation ténébreuse de la tombe, sans garder mémoire d’eux-mêmes, il est vrai, se réunir à un être collectif qui résume toute la vie ici-bas, qui ne meurt pas, lui, car il se renouvelle sans cesse, et que nous nommons l’Humanité. Une bouteille pleine d’eau flotte dans l’océan ; elle se brise, l’eau s’écoule et se confond avec la mer. Point de trace. Voilà l’homme. L’homme n’est pas, l’Humanité seule existe. C’est l’Humanité qui est Divinité. »

Qu’appelez-vous Humanité ?

Qu’est-ce que vous entendez par ce mot ? Quelle est la vie propre de cette hypothèse ? Commencez par renoncer au mot Etre. Un ensemble, successivement composé de générations sans âme, ne peut avoir d’âme ; il n’a pas de moi ; il n’est pas conscient ; c’est une abstraction. Une abstraction n’est pas un être.

L’Humanité, composée d’âmes et pleine de Dieu, c’est une lumière. L’Humanité vide, c’est un spectre. Otez-moi de là ce fantôme.

Une chose qui déifierait l’homme en tant que chair, qui le créerait Dieu en lui ôtant l’âme, qui le ferait son propre but à lui-même et l’isolerait de la création, qui donnerait pour idéal au progrès, non pas même le bonheur qui déjà est un but inférieur, mais la forme la plus matérielle du bonheur, le bien-être, qui ferait mourir l’homme tout entier, lui retirerait le moi conscient pendant la vie et persistant après la mort, et en même temps le déclarerait Être Suprême, cette chose-là qui s’appellerait Religion de l’Humanité, on ne saurait se la figurer ; rien au monde ne serait plus vain et plus lugubre. Ce serait le néant offrant sa plénitude à l’infini.

Soyons les serviteurs de l’Humanité ; n’en soyons pas les prêtres. Lumière, oui ; Encens, non. On n’arrive pas même à moitié chetnin si l’on s’arrête à l’homme. C’est un mauvais sacerdoce que celui qui ne vas pas à Dieu.


La grande chose de la démocratie, c’est la solidarité.

La solidarité est au delà de la fraternité ; la fraternité n’est qu’une idée humaine, la solidarité est une idée universelle ; universelle, c’est-à-dire divine ; et c’est là, c’est à ce point culminant que le glorieux instinct démocratique est allé. Il a dépassé la fraternité pour arriver à l’adhérence. Adhérence