Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/397

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qui est de tout approfondir, de tout examiner, de tout éclairer, de tout critiquer, de tout vérifier, de tout classer ; elle a balbutié des railleries ou aventuré des négations au lieu de faire des expériences ; elle a laissé, au grand profit des charlatans, la foule en proie à des visions mêlées de réalités ; elle a chancelé, lâché pied, et, là où il fallait avancer, rétrogradé. Elle a fermé les portes, elle, la science, qui n’a d’autre fonction que de les ouvrir, et qui n’est rien, si elle n’est pas une clef.

Quel est l’ennemi de l’inventeur ? Le savant. L’inventeur sait, et le savant n’invente pas. De là la haine. Le métier dé l’un se hérisse devant l’intuition de l’autre. De là, à de certains moments, la quasi-paralysie du progrès.

Quant aux académies, certes elles sont utiles ; l’institut, tout embryonnaire qu’il est encore, est peut-être la création sociale et politique la plus appropriée à l’avenir. Dès à présent les académies sont des récipients de renseignements et de bons chefs-lieux d’informations ; plus tard, quand la vraie science sera fondée, il sortira de ces rencontres d’hommes spéciaux et de ces conciles de travailleurs un rayonnements Pourtant il ne faut point s’exagérer la puissance des amalgames, et les instituts sont des amalgames. Jamais les académies, ni dans la science, ni dans l’art, ne feront la besogne du génie. Ici encore la question du fluide vital reparaît.

Une académie est à un cerveau ce qu’un mécanisme est à un organisme. L’unité lui manque, le point lumineux, le regard, l’âme. Cela pousse, cela traîne, cela ne plane point. La locomotive n’est pas l’aigle.

Tout ceci peut être dit, et d’autres choses encore, sans blessure pour la science. A qui devra-t-on la vérité, si ce n’est à la science ? On lui doit plus que le respect, on lui doit le concours. Lui signaler ses erreurs, lui rectifier sa voie, c’est concourir à son but. Nous voulons la science plus grande, plus forte, plus solide, mieux trempée, plus maniable aux mains puissantes de l’invention. La science, nous l’avons dit, est une clef ; c’est la clef de l’avenir ; nous voulons cette clef proportionnée à la serrure.

Nous ne pousserons pas plus avant cette digression qui est, du reste, une digression moins qu’on ne croit.


Il y a, je le sais, et j’en ai touché quelque chose plus haut, des démocrates, très convaincus, très vaillants, très probes, très généreux, et j’ajoute très savants,