Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/403

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Notre terre y roule. Le ciel, c’est ça. Raisonnons net et ferme. Mort aux rêves ! Qui ne veut pas du fruit coupe l’arbre. Otons tout prétexte aux religions.

— Quelles sont donc vos opinions religieuses, lui dis-je.

Il me répondit :

— J’ai été élevé au séminaire.

— Eh bien ?

— Je suis athée.

— Si c’est une conséquence que vous prétendez tirer, observai-je, je ne saurais l’admettre. Pour avoir gardé des chèvres, on n’est pas Giotto ; un collège de jésuites n’a pas pour produit nécessaire Voltaire. — Du reste, je vous écoute. Continuez.

— Mais, reprit-il, j’ai tout dit. Se dégager des hypothèses. Sortir de la prison des chimères et en faire évader le genre humain, ce vieux captif que toutes les religions tiennent sous clef. Voilà.

— Je ne veux pas plus que vous, lui dis-je, des hypothèses qui deviennent superstitions et des chimères où l’on voudrait murer la raison humaine. Il semblerait donc que nous avons, vous et moi, la même pensée. Pourtant je ne crois pas que nous soyons d’accord. Précisez.

— Eh bien, répondit-il, suppression complète de ce que les^spiritualistes appellent l’idéal. L’idéal est du surnaturalisme. Ôtons le surnaturalisme du monde, c’est-à-dire chassons Dieu ; ôtons le surnaturalisme de l’homme, c’est-à-dire chassons l’âme. Pas d’éternel et pas d’immortel. Donnons ces vérités pour fondement à l’éducation. Tout est là. J’ai fini.

— Vous avez à peine commencé, repris-je. A votre sens donc, qu’est-ce que le monde ?

— Pure matière.

— Et l’homme ?

— Pure matière.

— Distinguez-vous, lui dis-je, entre la matière et la matière ?

— Je serais insensé. La matière est égale à la matière. C’est là la grande base de l’égalité.

— Mais, répliquai-je, les organismes ?

— Les organismes ne sont que des modes. Ces modes de la substance, fatals et aveugles en eux-mêmes, engendrent ces mirages qui font une sorte d’escalier de nuages, et que vous nommez d’abord intelligence, puis conscience, puis âme, échelons de l’échelle qui monte à Dieu. Cette échelle est appliquée à l’échafaudage de toutes les religions. Il s’agit de la jeter bas. Il faut en briser tous les échelons, l’échelon Dieu, l’échelon âme, l’échelon conscience, l’échelon intelligence. Et même l’échelon organisme.