Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/415

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Maintenant, pour finir, un mot au lecteur.

C’est d’une âme absorbée par cette nature de méditations et d’études et, pour ainsi dire, enfouie dans la contemplation des choses célestes, qu’est sorti le livre qu’on a sous les yeux.

Ce livre, est-ce le ciel ? Non ; c’est la terre. Est-ce l’âme ? Non ; c’est la vie. Est-ce la prière ? Non ; c’est la misère. Est-ce le sépulcre ? Non, c’est la société.

D’où vient donc qu’un tel songeur a fait un tel livre ? Dans la main qui ne touche que des rayons, que signifie le scalpel ? Une ouverture d’ailes vers l’infini ne jette-t-elle pas une ombre au moins inutile sur un amphithéâtre de dissection ? N’est-il pas étrange de commencer par la vision pour finir par l’autopsie ?

Non, ce n’est pas inutile. Non, ce n’est pas étrange.

La terre n’est bien vue que du haut du ciel. La vie n’est bien regardée que du seuil de la tombe. Il faut qu’une étude de la misère, pour remplir son devoir, aboutisse implicitement à deux choses : une sommation aux hommes, une supplication allant plus haut. Pour bien éclairer la plaie que vous voudriez guérir, ouvrez sur elle toute grande l’idée divine. Le souffle religieux, pénétrant la pitié sociale, en augmente le frisson. Le réel n’est efficacement peint qu’à la clarté de l’idéal. Un tas de fumier n’est qu’un tas de fumier ; mettez Job dessus, Dieu y descend ; et voilà que toute cette pourriture dégage de la splendeur.

Peindre le malheur, tout le malheur, c’est-à-dire le malheur double, le malheur humain qui vient de la destinée, le malheur social qui vient de l’homme ; c’est là incontestablement une tentative utile, mais pour qu’elle atteigne pleinement son but, le progrès, cette tentative implique une double foi : foi à l’avenir de l’homme sur la terre, c’est-à-dire à son amélioration comme homme ; foi à l’avenir de l’homme hors de la terre, c’est-à-dire à son amélioration comme esprit.

En d’autres termes, il faut, la misère étant matérialiste, que le livre de la misère soit spiritualiste.

Les ouvrages où l’on entend le gémissement du genre humain doivent être des actes de foi.

C’est ainsi que, désintéressé, solitaire, isolé, descendu peut-être d’une