Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/414

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prête l’oreille, et que, par moments, dans ces ténèbres, on croie entendre les profondes réponses de l’Inconnu.

Voilà ce que doivent être les funérailles.

Louez le mort s’il a été honnête et bon, honorez sa vertu civique, sa probité domestique, son dévouement patriotique, constatez, pour l’exemple des survivants, la quantité de lumière humaine que les actions de sa vie ont dégagée ; rien de mieux, et c’est nécessaire et c’est juste. Que ce ne soit pas tout pourtant. N’oubliez pas qu’un cercueil s’approche en ce moment d’une fosse, n’oubliez pas que nous sommes à l’heure où ce qui est humain se mesure à ce qui est divin. Voici la minute où l’homme s’en retourne. Ceci est la grande rencontre de l’infini. L’insondable est ouvert, précipice. Ici tout ce qui est matière s’enfonce et disparaît dans des profondeurs ignorées. Les pelletées de terre du fossoyeur tombent dans l’éternité.

Le jour où l’on descend une bière dans ce trou sinistre, tous les souvenirs de la terre conviennent, rappelez-les, pourvu que dans votre parole, à vous philosophe, on sente Dieu présent. Si vous ne mêlez pas Dieu à votre séparation solennelle d’avec les morts, la petitesse du fait terrestre sera hideuse, tout ce que vous direz sera inutile, c’est-à-dire terrible, et j’aurai une secrète épouvante d’entendre dans un instant si grave un bruit si vain. Éloge des œuvres du trépassé, théories sociales, améliorations matérielles, bien-être, chemins de fer, télégraphe électrique, libre-échange, économie politique, tout cela est bien ; mais, en vérité, le seuil de l’abîme demande autre chose.

Sondez le problème humain dans tous les sens, vous retombez toujours sur ceci : quelque chose hors de l’homme.

Et à ce quelque chose l’homme tient. Ce n’est qu’un fil, un fil invisible, un fil impalpable, mais ce fil, il ne peut le rompre.

Que l’homme le veuille ou non, il est dans ce qui est. Il est dans l’inconnu.

La prière est un essai de dialogue avec cette ombre.

Quiconque a prié sent que cette ombre entend ; quiconque a pensé sait qu’elle répond.