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HISTORIQUE DES MISÉRABLES.

Imaginez une grande feuille de papier très fort, ayant l’aspect d’un diplôme agrandi de bachelier, et bordée d’un cadre entourant le texte.

On lit en tête comme titre :

Sommaire de l’Exposition de la doctrine renfermée dans les saintes Écritures, définie par les conciles, expliquée par les Saints-Pères.

La doctrine catholique est en effet divisée, d’après les saintes Écritures, en livres et en chapitres avec des titres et des sous-titres.

C’est dans ce Sommaire que Victor Hugo a pris, après les avoir marqués d’une croix à l’encre, les titres : devoirs envers Dieu, envers soi-même, envers le prochain, envers les créatures, etc., avec les indications des sources ; or l’énumération de tous ces devoirs figure dans le grand travail attribué à Mgr Bienvenu, chapitre ii, la Prudence conseillée a la sagesse, du livre deuxième : La Chute.

Ce document a un grand intérêt à cause de sa date.

Vers 1830, Victor Hugo avait arrêté, mais encore confusément, le plan de son roman. Ses éditeurs étaient Charles Gosselin et Eugène Renduel. Gosselin ne pouvait que se féliciter du grand succès remporté par Notre-Dame de Paris en 1831, et désirait profiter d’une nouvelle aubaine. Un acte sous seing privé fut donc signé le 31 mars 1832. Victor Hugo vendait à ses éditeurs un roman qui devait former deux volumes in-8°. Il ne donnait ni le sujet, ni le titre ; il vendait simplement un roman. C’était évidemment celui de la misère, puisqu’à cette époque c’était le seul projeté. Mais si les grandes lignes en étaient tracées dans son esprit, il ne pouvait fixer encore le nombre des volumes. Il en prévoyait au moins deux ; plus tard l’idée devait mûrir et l’amener, comme nous le verrons plus loin, à passer de nouvelles conventions.

Pour l’instant son attention était sollicitée d’un autre côté. Après les chaudes batailles d’Hernani et de Marion de Lorme, Victor Hugo, de plus en plus attiré vers le théâtre, abandonna son roman projeté, écrivit le Roi s’amuse et Lucrèce Borgia, et les malheureux classiques effarés virent apparaître cette magnifique gerbe dont Hernani avait été la première fleur, et qui, achevée bien plus tard par les Burgraves, devait à tout jamais consacrer le théâtre romantique.

Les représentations du Roi s’amuse interdites après la première, le 10 décembre 1832, il soutint son procès contre le Théâtre-Français, continua la bataille avec Lucrèce Borgia et Marie Tudor, puis plus tard avec Angelo. Dans le cours de cette période, il donna de 1835 à 1840 les Chants du Crépuscule, Les Voix intérieures, Les Rayons et les Ombres. Puis vint la mort tragique de sa fille Léopoldine, en 1843, qui le détourna de son travail, et le roman ne fut commencé qu’en novembre 1845 ; en deux ans (1846 et 1847), l’œuvre se déroula si vite qu’il songea alors à préciser l’acte sous seing privé du 31 mars 1832, signé avec ses éditeurs Gosselin et Renduel, et il lui substitua la convention du 30 décembre 1847 visant la vente du roman en deux volumes in-8° spécifiée le 31 mars 1832.

En voici les clauses principales :

Art. ier. Le roman que M. Victor Hugo a le projet de remettre à MM. Gosselin et Renduel, par suite et en exécution des conventions sus-rappelées, forme la première partie d’un grand ouvrage intitulé : Les Misères, qu’il compte composer. Cette première partie contiendrait sous le titre : Manuscrit de l’Évêque, un chapitre considérable et très étendu formant un traité complet de dogme et discipline ecclésiastique et censé trouvé dans les papiers d’un évêque. M. Victor Hugo ayant fait part de ce fait à MM. Gosselin et Renduel, ces messieurs ont témoigné le désir que ce chapitre, qui n’a pas moins d’un demi-volume et qui réduirait de beaucoup la partie romanesque des deux volumes qu’ils ont le droit de publier, ne fût pas joint à ces deux volumes et fût au con-