Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/194

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— À une troupe qui a des charrois, au moins trois heures ; mais ils y sont.

Le voyageur prêta l’oreille et dit :

— En effet, il me semble que j’entends le canon.

L’hôte écouta.

— Oui, citoyen. Et la fusillade. On déchire de la toile. Vous devriez passer la nuit ici. Il n’y a rien de bon à attraper par là.

— Je ne puis m’arrêter. Je dois continuer ma route.

— Vous avez tort. Je ne connais pas vos affaires, mais le risque est grand, et, à moins qu’il ne s’agisse de ce que vous avez de plus cher au monde...

— C’est en effet de cela qu’il s’agit, répondit le cavalier.

— … De quelque chose comme votre fils…

— À peu près, dit le cavalier.

L’aubergiste leva la tête et se dit à part soi :

— Ce citoyen me fait pourtant l’effet d’être un prêtre.

Puis, après réflexion :

— Après ça, un prêtre, ça a des enfants.

— Rebridez mon cheval, dit le voyageur. Combien vous dois-je ?

Et il paya.

L’hôte rangea l’auge et le seau le long de son mur, et revint vers le voyageur.

— Puisque vous êtes décidé à partir, écoutez mon conseil. Il est clair que vous allez à Saint-Malo. Eh bien, n’allez pas par Dol. Il y a deux chemins, le chemin par Dol, et le chemin le long de la mer. L’un n’est guère plus court que l’autre. Le chemin le long de la mer va par Saint-Georges de Brehaigne, Cherrueix, et Hirel-le-Vivier. Vous laissez Dol au sud et Cancale au nord. Citoyen, au bout de la rue, vous allez trouver l’embranchement des deux routes ; celle de Dol est à gauche, celle de Saint-Georges de Brehaigne est à droite. Écoutez-moi bien, si vous allez par Dol, vous tombez dans le massacre. C’est pourquoi ne prenez pas à gauche, prenez à droite.

— Merci, dit le voyageur.

Et il piqua son cheval.

L’obscurité s’était faite, il s’enfonça dans la nuit.

L’aubergiste le perdit de vue.

Quand le voyageur fut au bout de la rue à l’embranchement des deux chemins, il entendit la voix de l’aubergiste qui lui criait de loin :

— Prenez à droite !

Il prit à gauche.