Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/203

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Gauvain de son côté n’était pas moins sérieux. La situation s’aggravait. Une phase nouvelle du combat se dessinait. La barricade en était à le canonner. Qui sait si elle n’allait point passer de la défensive à l’offensive ? Il avait devant lui, en défalquant les morts et les fuyards, au moins cinq mille combattants, et il ne lui restait à lui que douze cents hommes maniables. Que deviendraient les républicains si l’ennemi s’apercevait de leur petit nombre ? Les rôles seraient intervertis. On était assaillant, on serait assailli. Que la barricade fît une sortie, tout pouvait être perdu.

Que faire ? Il ne fallait point songer à attaquer la barricade de front : un coup de vive force était chimérique ; douze cents hommes ne débusquent pas cinq mille hommes. Brusquer était impossible, attendre était funeste. Il fallait en finir. Mais comment ?

Gauvain était du pays, il connaissait la ville ; il savait que la vieille halle, où les vendéens s’étaient crénelés, était adossée à un dédale de ruelles étroites et tortueuses.

Il se tourna vers son lieutenant qui était ce vaillant capitaine Guéchamp, fameux plus tard pour avoir nettoyé la forêt de Concise où était né Jean Chouan, et pour avoir, en barrant aux rebelles la chaussée de l’étang de la Chaîne, empêché la prise de Bourgneuf.

— Guéchamp, dit-il, je vous remets le commandement. Faites tout le feu que vous pourrez. Trouez la barricade à coups de canon. Occupez-moi tous ces gars-là.

— C’est compris, dit Guéchamp.

— Massez toute la colonne, armes chargées, et tenez-la prête à l’attaque.

Il ajouta quelques mots à l’oreille de Guéchamp.

— C’est entendu, dit Guéchamp.

Gauvain reprit :

— Tous nos tambours sont-ils sur pied ?

— Oui.

— Nous en avons neuf. Gardez-en deux, donnez-m’en sept.

Les sept tambours vinrent en silence se ranger devant Gauvain.

Alors Gauvain cria :

— À moi le bataillon du Bonnet-Rouge !

Douze hommes, dont un sergent, sortirent du gros de la troupe.

— Je demande tout le bataillon, dit Gauvain.

— Le voilà, répondit le sergent.

— Vous êtes douze !

— Nous restons douze.

— C’est bien, dit Gauvain.