Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/204

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Ce sergent était le bon et rude troupier Radoub, qui avait adopté au nom du bataillon les trois enfants rencontrés dans le bois de la Saudraie.

Un demi-bauillon seulement, on s’en souvient, avait été exterminé à Herbe-en-Pail, et Radoub avait eu ce bon hasard de n’en point faire partie.

Un fourgon de fourrage était proche ; Gauvain le montra du doigt au sergent.

— Sergent, faites faire à vos hommes des liens de paille, et qu’on torde cette paille autour des fusils pour qu’on n’entende pas de bruit s’ils s’entrechoquent.

Une minute s’écoula, l’ordre fut exécuté en silence et dans l’obscurité.

— C’est fait, dit le sergent.

— Soldats, ôtez vos souliers, reprit Gauvain.

— Nous n’en avons pas, dit le sergent.

Cela faisait, avec les sept tambours, dix-neuf hommes ; Gauvain était le vingtième.

Il cria :

— Sur une seule file. Suivez-moi. Les tambours derrière moi. Le bataillon ensuite. Sergent, vous commanderez le bataillon.

Il prit la tête de la colonne, et, pendant que la canonnade continuait des deux côtés, ces vingt hommes, glissant comme des ombres, s’enfoncèrent dans les ruelles désertes.

Ils marchèrent quelque temps de la sorte, serpentant le long des maisons. Tout semblait mort dans la ville ; les bourgeois s’étaient blottis dans les caves. Pas une porte qui ne fût barrée, pas un volet qui ne fût fermé. De lumière nulle part.

La grande rue faisait dans ce silence un fracas furieux ; le combat au canon continuait ; la batterie républicaine et la barricade royaliste se crachaient toute leur mitraille avec rage.

Après vingt minutes de marche tortueuse, Gauvain, qui dans cette obscurité cheminait avec certitude, arriva à l’extrémité d’une ruelle d’où l’on rentrait dans la grande rue ; seulement on était de l’autre côté de la halle.

La position était tournée. De ce côté-ci il n’y avait pas de retranchement, ceci est l’éternelle imprudence des constructeurs de barricades, la halle était ouverte, et l’on pouvait entrer sous les piliers où étaient attelés quelques chariots de bagages prêts à partir. Gauvain et ses dix-neuf hommes avaient devant eux les cinq mille vendéens, mais de dos et non de front.

Gauvain parla à voix basse au sergent ; on défit la paille nouée autour des fusils ; les douze grenadiers se postèrent en bataille derrière l’angle de la ruelle, et les sept tambours, la baguette haute, attendirent.

Les décharges d’artillerie étaient intermittentes. Tout à coup, dans un