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XII

LE SAUVETAGE S’ÉBAUCHE.

Toute la nuit se passa, de part et d’autre, en préparatifs.

Sitôt le sombre pourparler qu’on vient d’entendre terminé, le premier soin de Gauvain fut d’appeler son lieutenant.

Guéchamp, qu’il faut un peu connaître, était un homme de second plan, honnête, intrépide, médiocre, meilleur soldat que chef, rigoureusement intelligent jusqu’au point où c’est le devoir de ne plus comprendre, jamais attendri, inaccessible à la corruption, quelle qu’elle fût, aussi bien à la vénalité qui corrompt la conscience qu’à la pitié qui corrompt la justice. Il avait sur l’âme et sur le cœur ces deux abat-jour, la discipline et la consigne, comme un cheval a ses garde-vue sur les deux yeux, et il marchait devant lui dans l’espace que cela lui laissait libre. Son pas était droit, mais sa route était étroite.

Du reste, homme sûr ; rigide dans le commandement, exact dans l’obéissance.

Gauvain adressa vivement la parole à Guéchamp.

— Guéchamp, une échelle.

— Mon commandant, nous n’en avons pas.

— Il faut en avoir une.

— Pour escalade ?

— Non. Pour sauvetage.

Guéchamp réfléchit et répondit :

— Je comprends. Mais pour ce que vous voulez, il la faut très haute.

— D’au moins trois étages.

— Oui, mon commandant, c’est à peu près la hauteur.

— Et il faut dépasser cette hauteur, car il faut être sûr de réussir.

— Sans doute.

— Comment se fait-il que vous n’ayez pas d’échelle ?

— Mon commandant, vous n’avez pas jugé à propos d’assiéger la Tourgue par le plateau, vous vous êtes contenté de la bloquer de ce côté-là ; vous avez voulu attaquer, non par le pont, mais par la tour. On ne s’est plus occupé que de la mine, et l’on a renoncé à l’escalade. C’est pourquoi nous n’avons pas d’échelles.

— Faites-en faire une sur-le-champ.

— Une échelle de trois étages ne s’improvise pas.