Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/239

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vain ; Cimourdain, on le sait, le surveillait et l’arrêtait sur cette pente, à ses yeux funeste. Pourtant lui-même, et en ne se l’avouant qu’avec une sorte de colère, il n’avait pas revu la Tourgue sans un secret tressaillement ; il se sentait attendri devant cette salle studieuse où étaient les premiers livres qu’il eût fait lire à Gauvain ; il avait été curé du village voisin, Parigné ; il avait, lui, Cimourdain, habité les combles du châtelet du pont ; c’est dans la bibliothèque qu’il tenait entre ses genoux le petit Gauvain épelant l’alphabet ; c’est entre ces vieux quatre murs-là qu’il avait vu son élève bien-aimé, le fils de son âme, grandir comme homme et croître comme esprit. Cette bibliothèque, ce châtelet, ces murs pleins de ses bénédictions sur l’enfant, allait-il les foudroyer et les brûler ? Il leur faisait grâce. Non sans remords.

Il avait laissé Gauvain entamer le siège sur le point opposé. La Tourgue avait son côté sauvage, la tour, et son côté civilisé, la bibliothèque. Cimourdain avait permis à Gauvain de ne battre en brèche que le côté sauvage.

Du reste, attaquée par un Gauvain, défendue par un Gauvain, cette vieille demeure revenait, en pleine révolution française, à ses habitudes féodales. Les guerres entre parents sont toute l’histoire du moyen âge ; les Étéocles et les Polynices sont gothiques aussi bien que grecs, et Hamlet fait dans Elseneur ce qu’Oreste a fait dans Argos.