Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/345

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— À s’évader.

— Qui l’a aidé ?

— Moi.

— Toi !

— Moi.

— Tu rêves !

— Je suis entré dans le cachot, j’étais seul avec le prisonnier, j’ai ôté mon manteau, je le lui ai mis sur le dos, je lui ai rabattu le capuchon sur le visage, il est sorti à ma place, et je suis resté à la sienne. Me voici.

— Tu n’as pas fait cela !

— Je l’ai fait.

— C’est impossible.

— C’est réel.

— Amenez-moi Lantenac !

— Il n’est plus ici. Les soldats, lui voyant le manteau de commandant, l’ont pris pour moi et l’ont laissé passer. Il faisait encore nuit.

— Tu es fou.

— Je dis ce qui est.

Il y eut un silence. Cimourdain bégaya :

— Alors tu mérites…

— La mort, dit Gauvain.

Cimourdain était pâle comme une tête coupée. Il était immobile comme un homme sur qui vient de tomber la foudre. Il semblait ne plus respirer. Une grosse goutte de sueur perla sur son front.

Il raffermit sa voix et dit :

— Gendarmes, faites asseoir l’accusé.

Gauvain se plaça sur le tabouret.

Cimourdain reprit :

— Gendarmes, tirez vos sabres.

C’était la formule usitée quand l’accusé était sous le poids d’une sentence capitale.

Les gendarmes tirèrent leurs sabres.

La voix de Cimourdain avait repris son accent ordinaire.

— Accusé, dit-il, levez-vous.

Il ne tutoyait plus Gauvain.