Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/358

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


éternels, ce n’est pas la loi de l’homme. Non, non, non, plus de parias, plus d’esclaves, plus de forçats, plus de damnés ! je veux que chacun des attributs de l’homme soit un symbole de civilisation et un patron de progrès ; je veux là liberté devant l’esprit, l’égalité devant le cœur, la fraternité devant l’âme. Non ! plus de joug ! l’homme est fait, non pour traîner des chaînes, mais pour ouvrir des ailes. Plus d’homme reptile. Je veux la transfiguration de la larve en lépidoptère ; je veux que le ver de terre se change en une fleur vivante, et s’envole. Je veux…

Il s’arrêta. Son œil devint éclatant.

Ses lèvres remuaient. Il cessa de parler.

La porte était restée ouverte. Quelque chose des rumeurs du dehors pénétrait dans le cachot. On entendait de vagues clairons, c’était probablement la diane ; puis des crosses de fusil sonnant à terre, c’étaient les sentinelles qu’on relevait ; puis, assez près de la tour, autant qu’on en pouvait juger dans l’obscurité, un mouvement pareil à un remuement de planches et de madriers, avec des bruits sourds et intermittents qui ressemblaient à des coups de marteaux.

Cimourdain, pâle, écoutait. Gauvain n’entendait pas.

Sa rêverie était de plus en plus profonde. Il semblait qu’il ne respirât plus, tant il était attentif à ce qu’il voyait sous la voûte visionnaire de son cerveau. Il avait de doux tressaillements. La clarté d’aurore qu’il avait dans la prunelle grandissait.

Un certain temps se passa ainsi. Cimourdain lui demanda :

— À quoi penses-tu ?

— À l’avenir, dit Gauvain.

Et il retomba dans sa méditation. Cimourdain se leva du lit de paille où ils étaient assis tous les deux. Gauvain ne s’en aperçut pas. Cimourdain, couvant du regard le jeune homme pensif, recula lentement jusqu’à la porte et sortit. Le cachot se referma.