Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/373

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Le règne de Louis XIV avait eu le chevalier de Bouillon ; le règne de Louis XV avait le comte de Charolais. On les copiait. C’étaient deux patrons à grands seigneurs et à gentilshommes. Le prince de Conti, bossu et hideux, prenait entre ses genoux, au bal de l’Opéra, une jolie petite provinciale de quinze ans, et devant la foule, et devant la mère, lui écrasait le nez de chiquenaudes, la fille sanglotait, le prince riait.


Sous Louis XV on envoyait aux galères un homme, souvent père de famille, qui faisait des souliers sans être maître-cordonnier. Il n’avait pas eu de quoi acheter une maîtrise. Il se cachait dans quelque cave. On l’y surprenait. Il y avait le faux cordonnier comme le faux monnayeur.


Il y avait encore en 1759 aux galères quarante et un forçats pour crime de « religion » (avoir assisté aux assemblées du désert, avoir donné asile à un pasteur proscrit, avoir lu la Bible).

La rançon d’un de ces forçats coûtait 2 000 livres payables au ministre ou à la favorite en titre.


Toute la quantité d’ange qu’il peut y avoir dans un chou, c’était le dauphin, fils de Louis XV.


Louis IX et Henri IV exceptés, Louis XV est-il pire que les autres rois, ses ascendants, plus insouciant de la France que Charles VII, plus fourbe que Louis XI, plus frivole que François Ier, plus vain que Henri II, plus féroce que Charles IX, plus immonde que Henri III, plus stupide que Louis XII, plus bouffi que Louis XIV ? Est-il plus mauvais en un mot ? Disons tout de suite non. Son malheur est d’être entré en scène au dix-huitième siècle. Il est plus exposé que les autres à la lumière. Il est juxtaposé aux penseurs ; il est plus près de la philosophie, ce qui fait qu’on lui voit tout. Mettez tout autre de ceux que nous venons de nommer à la même place, vous aurez le même effet. Celui-là semblera le pire. Malheur aux monstres éclairés[1] !


Terminer une énumération des actes et qualités de L. XV ainsi :

Notre bon roi ; expression équivalente à cette autre : les Euménides.

  1. Au verso d’un brouillon de vers publiés dans Dernière gerbe sous le titre Babel. (Note de l’éditeur.)