Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/401

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Quand le comte d’Artois venait à Paris, il habitait le Prieuré, qui était dans l’enclos avec la Tour. L’enclos était un jardin inculte, à allées pavées, à palissades de planches, fermé d’une haute muraille qui n’avait qu’une porte, donnant rue Vieille-du-Temple.

Le roi, d’abord déposé dans le Prieuré, puis dans la Tour (le jour même de son entrée).

Élisabeth au rez-de-chaussée dans la cuisine où l’on a dressé un lit de sangles, les domestiques au premier, la reine et ses enfants au second, le roi au troisième, dans une cellule qui avait été la chambre d’un valet de pied du comte d’Artois, lequel valet avait collé au mur des estampes obscènes que le roi arracha. Un lit en chêne. Quelques chaises, vieux rideaux de damas vert au lit.


Le 21 septembre, un municipal nommé Lubin proclame la république au pied de la Tour du Temple. Louis XVI ouvre la fenêtre. Les cris du peuple et les menaces du sabre nu des gendarmes le forcent de la refermer.


Quand un des municipaux, geôliers du jour, arrivait avec un visage sympathique, le petit dauphin, qui allait chaque matin les regarder tous, entrait en battant des mains chez sa mère et disait : — Maman, il y en a un qui n’a pas l’air méchant.


Le concierge de la Tour s’appelait Mathey.


Le dauphin appelait Louis XVI papa-roi.


La séance de condamnation de Louis XVI employa un jour et deux nuits, et dura trente-sept heures. Robespierre, rentré chez Duplay, ne dit pas un mot. Pendant ce temps-là, au Temple, Louis XVI lisait le Mercure de France et donnait à deviner à Cléry un logogriphe dont le mot était : sacrifice.