Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/425

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VI
vendée. — bretagne.

Étrange pays. Il arrivait à un fugitif de trouver la nuit une auberge ouverte, d’y mettre son cheval à l’écurie, de monter, de trouver une chambre porte béante et un lit tout fait, de s’y coucher et d’y dormir, tout cela sans être aperçu.

Tout fonctionnaire public, même le moindre juge de paix, ne pouvait voyager qu’escorté.

On guillotinait un paysan pour une chemise fine ou un mouchoir de batiste trouvés chez lui. Cela signifiait : Asile à des proscrits.


Les royalistes pillaient. Puisaye dit, t. II, p. 187 : « J’ai préservé plusieurs fois le bourg de Plélan en souvenir de cette aventure. »

L’aventure était qu’arrêté à Plélan comme mis hors la loi, il avait été relâché par le maire.

Puisaye se qualifie ainsi : Ennemi de tout ce qui se fait par enthousiasme.

Le marquis de Puisaye de Coudrelles était grand bailli d’épée.


Un gentilhomme breton disait à Puisaye caché chez lui : — Comme je vous suivrais, si je n’avais le souci de ma maison à garder ! — Eh bien, dit Puisaye, mettez le feu à votre maison, supprimez votre souci, et venez. — Le gentilhomme mit le feu à sa maison.


Jean Chouan, à la déroute du Mans, refusait son cheval à un blessé (Miélette) pour le donner à un prince (Talmont). Tel était le paysan breton. Et Miélette donnait raison à Jean Chouan.

La vieille mère de Jean Chouan tombe dans la bagarre sous les piliers des halles du Mans. Il pleut. Nuit. Guéharréc et l’un des frères Gauffre l’emportent dans une rue déserte, puis dans une maison dont ils enfoncent la porte. Elle y meurt.


Jean Chouan arrive à Laval traînant à terre le drapeau tricolore. Il était en habits déchirés. Le prince de Talmont lui donna son manteau qu’il garda jusqu’à la déroute du Mans.