Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/424

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Marat était un foie malade. La misère intérieure était visible sur sa face. Il était couvert de taches hépathiques. Lèpre hideuse, disait Vergniaud.


Marat, ce n’est pas un homme, c’est une plaie sociale vivante, une plaie devenue bouche, qui saigne et qui hurle[1]. Ne flattons pas les catastrophes ; la révolution a été toujours utile, parfois horrible.

Il faut regarder ces hommes, D., R., M., avec virilité. Ils sont effrayants, mais nécessaires. Monstres, mais prodiges.


Ces tragédiens avaient au-dessus d’eux leurs parodistes. Hébert était la grimace de Robespierre, Chaumette était la grimace de Danton

Personne ne pouvait parodier Marat. Sa face était sa grimace[2].


Robespierre, vertuprobité, Danton, génie, Marat, enviefolie.


Entre Danton corrompu par l’argent et Marat corrompu par l’envie, l’incorruptible, Robespierre.


Dans le dossier Tas de pierres (Histoire), nous trouvons, de l’écriture de 1830 à 1835 environ, ces lignes sur Danton :

Danton aimait les fleurs, les femmes, les enfants, la nature, le printemps, et souvent, au milieu de l’action terrible à laquelle il était fatalement mêlé, le formidable tribun se prit à regretter avec angoisse la douce vie du rêveur et du poëte. Il y avait un homme dans ce taureau d’airain, et quand la fournaise révolutionnaire commença à lui flamboyer sous le ventre, on entendit rugir la passion humaine enfermée dans cette enveloppe de bronze.


Robespierre avait rêvé d’être un Jésus-Christ ; mais on ne peut pas être un Jésus-Christ violent.

Jésus-Christ procède de son propre gibet, et non de la guillotine d’autrui.

  1. Au revers d’une circulaire de 1850. (Note de l’éditeur.)
  2. Cette note est, ainsi que le brouillon du texte concernant Marat et publié pages 402-403, au verso d’un calendrier républicain italien pour l’année 1872. En tête de ce calendrier sont les portraits de Danton, Marat et Robespierre. (Note de l’éditeur.)