Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/451

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



(Déclaration de guerre terrible et d’adoration pour l’enfant dans lequel il verse son âme. — Le père ne donne que le sang, le maîtrel’instituteur donne son âme. — Il en fera un ennemi de tout ce qui est.)

— Maintenant, monseigneur, chassez-moi.

— Pardieu, s’écria le duc. C’est trop drôle. L’abbé, je te garde.


— Monseigneur, prenez garde.

— À qui ?

— À moi.

— Pourquoi ?

— Je tiens votre héritier.

— Eh bien ?

— Il sera ce que je le ferai.

— Et puis ?

— Je suis capable…

— De quoi ?

— De vous en faire un républicain.

— Après ?

— Un républicain, monseigneur.

— J’y consens.

— C’est dit. Je vous ferai un athénien.

— Non, dit le duc, je veux un romain.

— Soit, dit le prêtre.

— Un Brutus, capable de tuer César. Le Brutus de Voltaire.

Rome est libre, il suffit, rendons grâces aux dieux.

— Vous confondez le Brutus de Shakespeare avec celui de Voltaire. Vous vous trompez de Brutus, monseigneur. C’est égal, vous en aurez un.


Cimourdain. Magnifique profession de foi révolutionnaire. Rancunes profondes du prêtre malgré lui.

— Renvoyez-moi, chassez-moi, monsieur le duc, car je vous jure sur l’honneur que j’inoculerai la révolution à votre petit-neveu, et que je ferai de votre héritier un démagogue.

— Pardieu, s’écria le duc, c’est trop drôle. L’abbé, je te garde.

Fin de la première partie.

L’insurrection de la Vendée éclate en février 1793.