Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/489

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21 mars. Claye m’envoie son compte pour l’impression de 93 in-8°, en tout 42 000 francs.

4 avril. Michel Lévy a déjà payé sur 93 :

  1° À Claye 25 000 francs.
2° À moi (1er versement) 10 000
2° À moi (2e versement) 10 000

18 avril. Après le dîner, Paul Meurice est venu m’offrir pour autoriser le Rappel à publier 93 en feuilleton 11 000 francs.

J’ai accepté. Ils ont été payés le 20 avril.

19 avril. Michel Lévy, mon libraire, a fait en mon nom, sur les bénéfices de 93, à Claye, mon imprimeur, un nouveau versement de 10 000 francs, ce qui fait que sur les 47 000 francs de frais d’impression du livre, j’ai déjà payé 40 000 francs, et que je ne reste plus devoir que 7 000 francs.

25 avril. Il n’y a plus que 60 exemplaires de Quatrevingt-treize chez Michel Lévy. Claye fait en hâte un nouveau tirage de 1 000.

26 avril. Le Rappel commence aujourd’hui la publication de 93.

17 mai. La publication de 93 a beaucoup fait monter le Rappel. Il tirait à 50 000. Il a tiré aujourd’hui à 89 500.

14 juin. En dînant, Vacquerie disait : le Rappel publiait 93 et son tirage était monté à 93 mille. Il a été arrêté un treize (le 13 juin).

14 juin. Réapparition du Rappel aujourd’hui.

27 juin. Le Rappel, hier, jour de sa réapparition, a tiré à 104 000.

L’édition in-16 de 93 s’épuise rapidement. L’édition in-8° est épuisée, Claye est intégralement payé. Il a reçu 45000 francs.

30 juillet. Paul Meurice m’a apporté de chez Michel Lévy (compte 93) 10 000 francs, il me reste à recevoir en août 9 600 francs.

Ainsi Quatrevingt-treize, la première édition seulement, m’aura déjà rapporté comme droits d’auteur 69 600 francs. Il y a en outre ce qu’ont gagné Michel Lévy et tous les autres vendeurs et sous-vendeurs, au moins quatre fois plus que moi.

20 octobre 1875. Après le dîner, M. Vierge m’a apporté son dessin pour le frontispice de l’édition illustrée de Quatrevingt-treize.

JEAN CHOUAN
dans la Légende des siècles.

Si Victor Hugo avait pris pour son Quatrevingt-treize un grand nombre de notes qu’il avait dû négliger ou écarter, il n’était pas douteux qu’il tirerait un parti de ses lectures. Il avait dû ébaucher rapidement le rôle de Jean Chouan en raison de la période historique très courte qui servait de cadre à son récit ; le 14 décembre 1876, il écrivait, sur la mort de Jean Chouan, une poésie qui parut dans la deuxième série de la Légende des siècles, le 26 février 1877, anniversaire de sa naissance. Il avait lu tous les détails de cette fin tragique dans les Lettres sur l’origine de la chouannerie.

Nous donnons ici un résumé d’après les Lettres ; on verra ainsi ce qu’il emprunta à l’histoire : Jean Chouan, étant parti du bois de Misdon, s’arrêta à la ferme de la Babinière appartenant à la famille Olivier, il était avec ses hommes lorsque tout à coup la femme de René Chouan cria : « Miséricorde, voilà les bleus ! nous sommes perdus ! ». Aussitôt des coups de fusils partirent, les chouans s’enfuirent dans les bois ; la femme de René avait essayé de les suivre, mais en raison de sa grossesse avancée, elle ne put franchir une haie, elle s’écria : « À moi, Jean Chouan ! je suis une femme perdue, si tu ne viens à moi ! » Jean Chouan était déjà loin et à couvert du feu de l’ennemi ; mais il a entendu l’appel de sa sœur ; il revient à la haie, écarte les broussailles, parvient à faire passer la malheureuse femme à travers une haie, mais elle n’était pas hors de péril, il gravit un monticule pour s’offrir au feu de l’ennemi, et donner à sa belle-sœur