Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/137

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LA RESSOURCE SUPRÊME.

Sous ces signatures, le docteur écrivit cette note :

— De trois hommes d’équipage, le patron ayant été enlevé par un coup de mer, il ne reste que deux, et ont signé.

Les deux matelots mirent leurs noms au-dessous de cette note. Le basque du nord signa Galdeazun. Le basque du sud signa Ave-Maria, voleur. Puis le docteur dit :

— Capgaroupe.
— Présent, dit le provençal.
— Tu as la gourde de Hardquanonne ?
— Oui.
— Donne-la-moi.

Capgaroupe but la dernière gorgée d’eau-de-vie et tendit la gourde au docteur.

La crue intérieure du flot s’aggravait. L’épave entrait de plus en plus dans la mer.

Les bords du pont en plan incliné étaient couverts d’une mince lame rongeante, qui grandissait.

Tous s’étaient groupés sur la tonture du navire.

Le docteur sécha l’encre des signatures au feu de la torche, plia le parchemin à plis plus étroits que le diamètre du goulot, et l’introduisit dans la gourde. Il cria :

— Le bouchon.
— Je ne sais où il est, dit Capgaroupe.
— Voici un bout de funin, dit Jacques Quatourze.

Le docteur boucha la gourde avec ce funin, et dit :

— Du goudron.

Galdeazun alla à l’avant, appuya un étouffoir d’étoupe sur la grenade à brûlot qui s’éteignait, la décrocha de l’étrave et l’apporta au docteur, à demi pleine de goudron bouillant.

Le docteur plongea le goulot de la gourde dans le goudron, et l’en retira. La gourde, qui contenait le parchemin signé de tous, était bouchée et goudronnée.

— C’est fait, dit le docteur.

Et de toutes ces bouches sortit, vaguement bégayé en toutes langues, le brouhaha lugubre des catacombes.

— Ainsi soit-il !
— Mea culpa !
— Asi sea ![1]
  1. Ainsi soit-il