Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/319

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QUELLES RAISONS PEUT AVOIR…

de tombe, ce qui est un support magnifique pour une couronne. Le mousse était un échantillon d’homme si mignon qu’il pouvait se tenir assis sur l’étrier du carrosse en dehors de la portière. On emploie ces jolis êtres-là à porter les queues des dames ; ils portent aussi leurs messages. Et avait-on remarqué le bouquet de plumes de tisserin de ce mousse ? Voilà qui est grand. On paie l’amende si l’on porte ces plumes-là sans droit. Maître Niclcss avait aussi regardé la dame de près. Une espèce de reine. Tant de richesse donne de la beauté. La peau est plus blanche, l’œil est plus fier, la démarche est plus noble, la grâce est plus insolente. Rien n’égale l’élégance impertinente de ces mains qui ne travaillent pas. Maître Nicless racontait cette magnificence de la chair blanche avec des veines bleues, ce cou, ces épaules, ces bras, ce fard partout, ces pendeloques de perles, cette coiffure poudrée d’or, ces profusions de pierreries, ces rubis, ces diamants.

— Moins brillants que les yeux, murmura Ursus.

Gwynplaine se taisait.

Dea écoutait.

— Et savez-vous, dit le tavernier, le plus étonnant ?
— Quoi ? demanda Ursus.
— C’est que je l’ai vue monter en carrosse.
— Après ?
— Elle n’y est pas montée seule.
— Bah !
— Quelqu’un est monté avec elle.
— Qui ?
— Devinez.
— Le roi ? dit Ursus.
— D’abord, fit maître Nicless, il n’y a pas de roi pour le moment. Nous ne sommes pas sous un roi. Devinez qui est monté dans le carrosse de cette duchesse.
— Jupiter, dit Ursus.

L’hôtelier répondit :

— Tom-Jim-Jack.

Gwynplaine, qui n’avait pas articulé un mot, rompit le silence.

— Tom-Jim-Jack ! s’écria-t-il.

Il y eut une pause d’étonnement pendant laquelle on put entendre Dea dire à voix basse :

— Est-ce qu’on ne pourrait pas empêcher cette femme-là de venir ?