Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/366

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L'HOMME QUI RIT

A throtebolla, dit le sergent, et pabus et subhircis, et a grugno usque ad crupponum.

Le shériff continua :

— Homme, faites attention. Car les suites vous regardent. Si vous renoncez à votre silence exécrable, et si vous avouez, vous ne serez que pendu, et vous aurez droit au meldefeoh, qui est une somme d’argent.
Damnum confitens, dit le sergent, habeat le meldefeoh. Leges Inæ, chapitre vingt.
— Laquelle somme, insista le shériff, vous sera payée en doitkins, suskins et galihalpens, seul cas où cette monnaie puisse être employée, aux termes du statut d’abolition, au troisième de Henri cinquième, et aurez le droit et jouissance de scortum ante mortem, et serez ensuite étranglé au gibet. Tels sont les avantages de l’aveu. Vous plaît-il répondre à justice ?

Le shériff se tut et attendit. Le patient demeura sans mouvement.

Le shériff reprit :

— Homme, le silence est un refuge où il y a plus de risque que de salut. L’opiniâtreté est damnable et scélérate. Qui se tait devant justice est félon à la couronne. Ne persistez point dans cette désobéissance non filiale. Songez à sa majesté. Ne résistez point à notre gracieuse reine. Quand je vous parle, répondez-lui. Soyez loyal sujet.

Le patient râla.

Le shériff repartit :

— Donc, après les soixante-douze premières heures de l’épreuve, nous voici au quatrième jour. Homme, c’est le jour décisif. C’est au quatrième jour que la loi fixe la confrontation.
Quarta die, frontem ad frontem adduce, grommela le sergent.
— La sagesse de la loi, reprit le shériff, a choisi cette heure extrême, afin d’avoir ce que nos ancêtres appelaient « le jugement par le froid mortel », attendu que c’est le moment où les hommes sont crus sur leur oui et sur leur non.

Le sergent en droit reprit :

Judicium pro frodmortell, quod homines credensi sint per suum ya et per suum na. Charte du roi Adelstan. Tome premier, page cent soixante-treize.

Il y eut un instant d’attente, puis le shériff inclina vers le patient sa face sévère.

— Homme qui êtes là couché à terre…

Et il fit une pause.

— Homme, cria-t-il, m’entendez-vous ?

L’homme ne bougea pas.

— Au nom de la loi, dit le shériff, ouvrez les yeux.